Journal 66 ou Une page de vie d’un écorché

Les hommes ne sont convaincus de vos raisons, de votre sincérité, et de la gravité de vos peines, que par votre mort. Tant que vous êtes en vie, votre cas est douteux, vous n’avez droit qu’a leur scepticisme. A. Camus, La chute

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Une page de vie d’un écorché

Septembre 2013

(1) JOUR 1

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Je suis un parfait inconnu ici !

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Septembre 2008 : Première expérience personnelle d’état modifié de conscience

Nous sommes arrivées à l’ère de la connaissance ultime.

« La connaissance universelle.

Celle qui fait partie du Tout dans le Tout.

Intégrant notre corps et l’esprit en même temps que tous les Éléments.

La parfaite symbiose, en adéquation totale avec notre propre nature.

L’heure est venue de nous réveiller et ainsi, de stopper net notre existence dans le monde des apparences. »

Ce monde qui n’est pas propre à notre nature. Un monde créé par notre décision mentale isolée du corps. Provoquant un déséquilibre dans la compréhension et l’acceptation des phénomènes fondamentaux qui eux puisent leurs sources dans notre vraie nature. Dans l’ensemble des Éléments nous constituants en nous intégrants dans notre propre corps.

La mutation est instantanée et radicale. Admettre notre corps en l’intégrant à la vie, sans aucune science ni doctrine, c’est d’abord admettre notre réelle existence. Celle qui prend ses racines à la source de notre véritable nature.

En admettant la souffrance que chacun de nous porte en soi à un moment ou un autre. En considérant, sans la nier, que la souffrance fait partie de notre vie et que pour la faire cesser, il faut que tous, sans exception, arrêtons de souffrir au même moment!

– Stoppez d’émettre toute forme de pensées négatives!

(2) JOUR 2

Ce matin je me sens perdu. Je n’entrevois aucune solution à mon avenir. C’est effrayant ! Permettez-moi de me présenter, je m’appelle Paul, j’ai 44 ans, et pour résumer, je suis en arrêt maladie volontaire depuis plus d’un mois, je vie seul dans une petite maison dont bientôt je ne pourrai plus payer le loyer. J’ai du mal à communiquer avec les autres et même à échanger avec ma famille, tous mes amis ont disparus. C’est angoissant ! Je n’ai plus goût à rien. Manger m’est difficile ! Je traine lamentablement du canapé au lit et du lit au canapé.

Cela ne m’intéresse plus de « sortir ». Je me sens mal à l’aise en ville, la vie y a prit un sens artificiel que je ne supporte plus. J’ai l’impression de vivre au cœur d’un dérèglement organisé et malsain. Tout est toujours pareil, les mêmes rues, la même agitation inutile, les mêmes gens entassés, égocentriques avec leurs fausses politesses, tous déjà vu avec les mêmes intérêts, discutant de leur petit monde égoïste plein de clichés étriqués. Au secours!

  • Je me sens vide!

Je ne comprends pas la logique de cette organisation, ou plutôt je la comprends trop bien maintenant…

Tout ce qui faisait ma vie et le peu d’engouement que j’avais pour elle, tout à disparu. Oui Le Vide!

Que faire si plus aucune distraction ne m’attire maintenant que je ne passe plus le reste du temps à travailler ?

Car c’est bien comme ça que nous occupons nos journées le plus souvent et principalement nos vies : Travail/Distractions.

Et travailler à quoi, se distraire de quoi ? Même au repos la machine à penser est encore en activité. N’est-ce pas futile ? N’est-ce pas une fuite ? N’est-ce pas simplement le fait de détourner volontairement notre attention d’une chose que de garder toujours notre esprit occupé à une autre ? Et se détourner de quoi ? L’ennui, l’inaction, la sensation d’être inutile, de ne rien faire de productif en ce monde ?

J’ai l’intime conviction d’avoir fini par comprendre ce qu’est cette chose et d’où elle vient et où elle va, et cela ne m’amuse plus, cela ne me distrait plus, cela ne m’intéresse plus ; ce désir, ou plutôt ce besoin, n’existe plus.

Est-ce une finalité que d’avoir tout fait pour apprécier les moments de la vie et d’aller se coucher sans remords l’instant d’après, le cœur en fête, la tête rempli de joie, de satisfaction et d’apaisement, que sais-je ? Avoir eu la sensation de vivre un moment unique ? De s’être imprégné de l’instant, de s’être, en quelque sorte, oublié ?

  • Ne suis-je pas qu’une marionnette tenue par des fils sensoriels en quête de sensations ?

Tantôt heureux, triste, excité, bienveillant, absorbé, enivré, complaisant, fâché ou en parfait accord. Est-ce cela le but de l’existence et de ses agréments ? Est-ce cela Vivre ? Échapper à l’ennui, au vide ?

N’est-ce pas repousser la mort un peu plus chaque jour par des artifices théâtraux pour la détourner ; pour la nier, et ainsi regarder ailleurs ? Que ferions-nous avec nos sens s’ils étaient, éduqués, stimulés d’une façon différente ; sans craindre de mourir ? Où en serions-nous dans l’acceptation de la souffrance ; la connaissance de la mort qui fait renaitre libéré de toutes enclaves ?  Serions-nous autant investis par nos activités actuelles pour ce qui en est de la défense de nos droits et de ses périmètres toujours changeants ? Accepterions-nous l’inacceptable, encore une fois, en nous détournant de la réalité par crainte de tout perdre ; nos acquis si chers à nos yeux ; notre vie individuelle ?


Mourir à soi même comme une étape obligée de l’existence humaine…


Si vous voulez tout savoir, mon pays a subit un tremblement de terre il y a quelques années, tout s’est effondré et mon gouvernement à lâcher prise durant la nuit. Au lendemain de la catastrophe, alors que tout était détruit, les arbres et les couleurs resplendissaient comme des éclats de milles feus. L’air était devenu plus respirable et les idées semblaient plus claires dans ma tête ! Puis une seule pensée comme une voix au loin :

« Quelque chose hante le monde d’une triste joie funèbre. Et cela fait des miracles ! »

La mort omniprésente comme l’oubli et le dur rappel de ce qui fut la veille revenait petit à petit à la mémoire. Pas de corps écrasés aux alentours, pas de sang sur les murs ni aucun autre que moi. Comme seul au milieu d’un désert, le cœur en ébullition et rempli de joie, je battais déjà le pas d’enthousiasme. Une foule de choses étaient à reconstruire ! L’œuvre pouvait commencer ! Miracle ! La clé de voute venait d’être trouvée !…

Suite des 66 jours ici : Journal 66 suite