Journal 66 — Suite 33

(33) Jeudi 13 février 2014

Voila s’en était fait, Paul venait de perdre tous ses gains ! Il était dans une rage folle ! Cela devait bien arriver un jour, on a plus de chance de perdre que de gagner aux jeux. Après sa défaite, il passa une poêle à l’eau au milieu de l’amoncellement de vaisselle sale, pour se faire un steak haché et un œuf, qu’il bâfra comme un cochon en un rien de temps.

Il ne mit pas un pied dehors comme d’habitude, mais aussi parce que c’était le jour de la St Valentin.

– Je n’aurais pas pu supporter de voir toutes ces vitrines remplies d’anges blancs, armés d’arcs et de flèches, transperçant des cœurs rouges sang, suspendus par des fils invisibles. Et puis tous ces jeunes amoureux se bécotant à chaque coin de rue, innocents, inconscients !

Il commençait à se sentir énervé de ne pas pouvoir bouger de chez lui, de ne pas aller à l’encontre de la vie !

– Oui, à l’encontre de la vie ; des idées de vols et de hold-up me passent par la tête. Comme une façon de reprendre prise sur le monde qui m’ignore injustement ! Une revanche, une réplique aux ténèbres, par le fruit d’un acte volontaire et prémédité ! Du courage !

Mais en même temps, il ne voulait pas faire de mauvaises victimes, ou plutôt de fausses victimes. La victime à abattre, c’était lui !

– Oui, la victime à faire chuter, c’est bien moi ! D’autre part, un choc, une agression physique m’est inconcevable. Et puis on ne me prendrait pas au sérieux, et à moins que je sois dans un état second, j’aurais sûrement à me défendre d’une rebellions !

– J’en ai marre de subir et d’être gentil, comme un « mouton » plein de convenances sociales.

Et parce qu’il refoulait tout, aucune autre échappatoire ne lui venait en aide.

– Je m’attirerais la colère du monde et mettrais ma vie en péril, mais au point où j’en suis… Le jeu en vaut peut-être la chandelle !

Il avait une arme chez lui, un pistolet à grenaille qui pouvait passer pour vrai, sous l’affolement de la menace.

– Braquer quelqu’un, ou la caisse d’un magasin me ferait peut-être du bien, cela me permettrait de me sentir courageux ! Comme quand j’étais enfant et que je faisais une bêtise, pour l’instant après, détaler en courant et sentir mon cœur battre à mille à l’heure ! Mais aujourd’hui, plus de risettes, ni l’excuse de l’innocence, la police m’enfermerait pour de bon et pour longtemps. Et ça c’est pire !

Paul se mit à réfléchir à des scénarios, et en conclut que cela ne se passait bien que dans les films. Ce qu’il voulait c’était agir. Sur quoi ? Il était incapable de trouver une idée, il manquait de ruse et d’audace, à son sens. Son état de faiblesse envers toutes choses le paralysait. Pourtant il savait que des centaines de possibilités étaient là, autour de lui. Mais comment les détecter, comment savoir que sa voisine cache une liasse de billets sous son matelas par exemple ?

– Est-ce possible d’entrer dans la tête des gens à leurs insu, sans qu’ils ne s’en aperçoivent, afin de connaitre leurs secrets ? Tout le monde cache des choses, et c’est là dans leur crâne ! Comment connaitre le code du coffre fort d’une boite crânienne et ainsi avoir accès aux pensées qu’il renferme ? Est-ce un code universel, est-il différent pour chacune d’entre elles ? Où sont les clés ? Faut-il un pied de biche ? Ce n’est pas aussi simple que de défoncer une porte ! Tien ! Un cambriolage… Grotesque.

Paul se sentait bien seul chez lui à tapoter sur son clavier. De temps en temps il regardait les poiles de ses poignets. Il se passait les ongles sous les ongles, tour à tour, en réfléchissant à la suite de ce qu’il pouvait écrire.

– Rien. Que de la solitude et du vent qui bat dans les volets dehors, et le cliquetis du radiateur.

Assit sur son canapé, les jambes allongées et les pieds nus sous un plaid, son ordinateur sur les cuisses, avec un petit coussin pour surélever le clavier.

– Tristesse et malheur pour moi, sagesse et bonheur pour d’autres.

Il ne contait plus les cigarettes qu’il fumait, sa consommation avait grandement augmentée.

– Ce que j’écris, ce n’est que le début d’une histoire qui ne me plait pas. Mais je sais qu’elle prendra forme à un moment ou un autre. Peut-être a-t-elle déjà un sens ? Pas de fiction, non ! Du vrai ! Je ne veux pas écrire une histoire, mais l’histoire ! Un changement radical ! L’hypnose ! Le subliminal !

En se grattant la tête, et projetant à distance les cendres de sa cigarette dans le cendrier, Paul se dit que tout cela ne mènerait à rien. Mais, il devait sûrement y avoir un sens caché qu’il avait du mal à cerner pour le moment…

– Perdu, je suis perdu.

Paul ne ressentait plus la matérialité de la vie. Comme par exemple : les arbres dans lesquels il montait souvent étant enfant, ou les trottoirs, les bâtiments, les rues, ses pas. Sa tête était vide d’aventures, il connaissait tout sans rien savoir. Finirait-il par aimer être seul ? Sans aucuns désirs, ni aucun intérêt pour rien. A passer ses journées sur son canapé les yeux grands ouverts, à manger et à dormir ? Se laisserait-il faire de toutes choses ? Répondrait-il enfin à ses devoirs quotidiens, sans penser à l’avance à la pénibilité de la tache, et au combien cela peut être fastidieux ? Etait-il trop borné pour cela ? Refuserait-il toute entente avec le monde encore longtemps ? Reprendrait-il sa vie avec confiance en lui ? Adopterait-il un nouveau style de vie ? Chasserait-il toutes les pensées qui l’obsèdent ? Retrouverait-il la paix ? Arriverait-il à avoir la capacité de ne pas se faire influencer par les autres, et à garder son sang froid en de délicates circonstances ?

– Toutes ces questions sont les réponses à mon mal être, elles restent en suspend et forment un bric-à-brac étourdissant dans ma tête.

Paul fumait, puis mangeait, puis fumait. Il se levait plusieurs fois dans la nuit, et pouvait manger des gâteaux et tout de suite après, un sandwich au fromage, ou des rillettes. Il commençait à prendre plaisir aux tranquillisants en cachets, aussi, il s’était posé la question d’en prendre deux d’un coup un jour.

Les gens ont pris l’habitude de s’ignorer,

Les jeunes sont cons, et les animaux sont domestiqués.

Les portes se ferment, et les fenêtres s’ouvrent.

Les sièges ne sont pas faits pour s’assoir.

Les coussins du lit chutent par terre, et les rideaux tombent.

Le ciel s’obscurcit, et les lumières éclairent les tombes.

– Un pas résonne derrière moi, et je vois s’avancer une ombre. Je craints d’être assailli !

Laissez-moi rentrer chez moi ! Je ne fais rien de mal, tout cela se passe dans mon crâne. Si un bûché m’attends, faites y rôtir une viande juteuse et bien appétissante mais pas moi !

– Une main ganter de cuir noir se pose sur mon épaule, je trésailles, s’en est fini pour moi. Elle me soulève, et m’entraine dans la nuit éclairée par la lune, survolant la ville et tous ses chemins. Je ne me débats pas. Elle me dépose dans un champ et je reste là, en boule, transi, sur l’herbe froide et humide.

LA PLUS GRANDE DES RICHESSE EST CELLE DU CŒUR

Une petite franchise, qui n’est pas forcement nécessaire, lors d’une conversation anodine, donne à son interlocuteur l’impression que par la suite tout sera dit. Et qu’il n’a pas forcément été tût tout ce qui n’a pas été dit. Et ainsi, ne sera pas forcément tût tout ce qui ne sera pas dit. (Philosophie ?)

(34) Vendredi 14 février 2014.

– Treize heures, la journée commence bien… Je sors du lit, mes ruminations s’estompent. Cachets, café, cigarettes, ongles à couper, il fait beau dehors. Je dois faire quelque chose aujourd’hui, ne serait-ce que passer à l’office du tourisme pour voir si je peux trouver une sortie à proposer à mon ex. Quelle galère ! Être réduit à si peu d’imagination ! Il faut que je me rase, et puis ces courses de chevaux qui m’embarrassent… Comment m’habiller, comment me coiffer, comment m’accepter, comment ne pas essuyer un refus, une perte ?

C’est sûr, je sortirai aujourd’hui, mais dans quel état ? Je dois manger, je dois être sympa et attentionné. Fait chier ! Comment faire avec mon humeur fluctuante ? Je sais qu’on ne me pardonne rien. Bref, je me pose trop de questions. J’ai peur. Elle me dira non, et je passerai la journée à errer. J’ai pitié de moi.

Paul fit la vaisselle, se rasa, se doucha, joua, perdit, dormit sur son canapé.

– Elle ne répond pas au téléphone, je lui laisse un message. 19h30, seul. Que faire ? Où aller ? De quoi s’entretenir ? Dehors, des rues, des gens, des cafés, des pubs, de l’alcool, des cinémas ou autres, non rien que du vide.

Paul allait passer la soirée seul encore et encore. Triste vie qu’était devenue la sienne. Il écrivait, dernier lambeau auquel il pouvait se raccrocher. Il ne le faisait pas dans l’espérance de publier un livre, car à son goût il écrivait trop mal, il se disait qu’il manquait de vocabulaire et que ses tournures de phrases était médiocres. Il remplissait des pages empreintes de monotonie et de désespoir, le temps passait ainsi.

– Quand on ne lit plus et que l’on ne se conditionne plus par aucun sujet, on finit par ne plus rien avoir à dire. Il ne reste que des lamentations et le temps qu’il fait dehors comme sujet de conversation, le vide qu’entraine l’inaction. Tant de choses ont été dites ou écrites, tant de choses à contempler et à transcrire. Mais rien, il ne reste rien. Vie gâchée, à part et à l’abandon, ténèbres et désolations, attente des lendemains. Il ne reste rien. Seul à tout jamais au milieu de tous. Ame damnée, mort vivant reprends ton sang !

Paul devenait mystique, à certains moments, il enfilait des mots comme des perles prises au hasard pour faire un collier de phrases, la gorge serré. Cela lui venait de je ne sais où, peut-être d’un mélimélo de livres qu’il avait lu sans en comprendre véritablement le sens. Quelque fois il dessinait des lignes simples sur du papier, des traits représentants des mouvements pouvant donner forme à des personnages ou des humeurs, un style bien à lui se disait-il.

– Pourquoi ne ferais-je pas une série de dessins sur mon bloque de papier A3 ? Je les encadrerais et les exposerais !

Paul se mit à l’ouvrage. Il fit trois dessins en vingt minutes, et se fatigua. Il avait besoin d’un bon marqueur noir et de quelques cadres aussi. Mais il se voyait être obligé d’entreprendre toutes les démarches. Et cela l’épuisait déjà.

– Se faire connaitre, parler à des gens, faire un blog, un site Internet… Trop de travail et surtout pas assez d’engouement.

Tout se qu’il voulait, c’était d’être aimé au-delà de toutes ses faiblesses. Mais il se sentait trop rigide, il lui fallait à tout pris adopter un autre mode de fonctionnement s’il voulait ne pas rebuter les autres à venir à sa rencontre.

– Je dois avoir ma propre personnalité et la faire passer dans l’art de la création ; arrêter d’errer.

Ma petite amie, on veut toujours ce que l’on n’a pas. Et qu’est-ce que l’on fait de ce que l’on a ?

Personne ne te remercie pour tes bonnes actions dans ta vie, personne ne ta remarquée. Pourtant tu as fait des pieds et des mains pour que l’on t’admire en te voyant.

Tu te dis que personne ne te voit pour justifier toutes les mauvaises actions que tu entreprends. Tu as fabriqué un équilibre mental négatif, basé sur la revanche et la haine, entraînant colère et déprime.

A long terme, ce petit manège cérébral entraîne un déséquilibre affectif aboutissant à une maladie psychique connue sous le nom de : « l’hystérie »

(35) Samedi 15 février 2014

– 10h16, exactement le même moment où j’ai regardé l’heure hier matin, à la minute près ! Cachets, café, cigarette, je prends en photo les trois dessins, j’en scotch un sur la fenêtre. Pensif, je l’imagine dans un cadre avec une petite loupiote au dessus pour faire chic. Puis j’en vois une série, et des gens les observant un à un, en passant devant d’un pas nonchalant, avec un verre de champagne à la main. Il me faut une signature et puis du bon papier ou des véritables tableaux, cela donnerait de la valeur.

– Ma sœur m’a appelé hier et elle m’a demandé de venir aider mon beauf à mettre en place des barrières tout autour de son jardin, ça lui ferait plaisir m’a-t-elle soutenue. J’en conviens, mais je me vois mal dans le froid à me servir de mes mains. Et puis je dois jouer aux courses dans l’après midi, je ne peux pas lui avouer. Ça me donne des remords, j’aimerai me diviser en deux.

– 12h00 coup de fil de mon ex en réponse à l’invitation de la veille : – mon portable est tombé dans l’eau de la vaisselle et il marche une fois sur deux… Je lui réponds de le passer au sèche cheveux ! Puis pas d’autre réponse de sa part… Discutions stérile.

– J’angoisse, le téléphone va retentir, et ma sœur va me demander de venir l’aider. Je ne saurai pas quoi lui dire. L’envie de jouer me tiraille.

– Le téléphone n’a pas sonné, j’ai joué et perdu, je suis allé me coucher, j’ai honte de moi. Je suis minable et sans intérêt, je mérite mon sort. Après demain lundi, la semaine recommencera et j’en serais toujours là, à rien faire, attendant que tout s’abatte sur moi. Je suis irrécupérable. Je jouerai, je perdrai et j’irai demander de l’aide à ma sœur. Je suis un monstre égoïste et faible. Je ne sais que croiser les jambes sur mon canapé, fumer, manger comme un cochon et dormir. Je n’ai pas d’avenir, je le sais, je vie déjà comme un chien. Honte sur moi !

Paul était arrivé bien bas, pas question de remonter la pente. Il s’était laissé aller depuis longtemps avec des « idées de grandeurs » et subissait le résultat de ses échecs. Plus rien ni personne ne pouvait le sauver, sauf peut-être lui-même. Mais pour cela, il aurait fallu qu’il se pli aux exigences de la vie, et il le refusait.

Chez lui, il regardait tout autour de lui avec un air de dégout : un écran d’ordinateur sur la table à manger qui ne fonctionnait plus ; une télévision, qu’il ne regardait jamais, posée sur une petite table à roulette tournée vers le mur pour ne pas obstruer la fenêtre ; des verres sur l’étagère ; une petite radio ; son tabac ; son cendrier ; suspendu au mur, des colliers de couleurs venant du temps où il était encore invité à des fêtes. Il voyait aussi des amis comme des fantômes évanescents discutant et rigolant sur un fond de musique au milieu de la pièce. Des images flashs surgissaient dans sa tête à tout moment, et il ne pouvait s’en défaire.

– Ce récit n’est qu’une longue plainte, écrit sans plaisir. La volonté d’écrire un livre a fait son chemin et, au bord du gouffre, voici ce qu’il en sort. Un désastre total ! Pour ceux qui le liront, courage ! D’ailleurs personne ne le lira, de plus il ne prendra jamais la forme d’un livre que l’on peut poser sur une étagère. Ma famille peut-être, des gens proches me connaissant par sympathie, juste pour avoir un souvenir, comme un bibelot. Et ils se diront : « le pauvre, il ne savait pas ».

Je sais, ici on ne parle que de moi. Qui y à t-il d’intéressant à tout ça ? Rien. Que des hauts et des bas, une ligne qui oscille entre deux parallèles et qui en fait des montagnes.

– Personne ne veut voir mourir personne, et tout le monde s’indigne des disparitions. Tous ont le désir d’aider, mais ne prennent pas la place du corps souffrant. « Aides-toi, le ciel t’aidera ». Ils ne savent pas encore comment « permuter ». C’est fou ! Non ?

– Juste moi et mon petit clavier, le ventre rassasié, les cachets avalés et l’heure qui avance pour me coucher. Dormir et oublier, se réveiller et se rappeler.

– J’ai perdu ma personnalité, je n’en ai jamais eu à vrai dire, et celle qui arrive ne me plait pas du tout. Un pauvre homme esseulé et aigri, voilà ce qui m’attend. Un vieux qui marche dans la rue, frêle, les jambes flageolantes, le pas peu assuré, le visage vieillit, creusé, tout tombant, un pantalon démodé et mal taillé, des chaussures sans originalités.

– Voulant traverser la rue, je tournerai la tête, et je verrai passer des belles voitures. Et puis je rentrerais chez moi manger ma croute, seul sans télé sans radio.

– Le pire, c’est que je me surprenne à être intéressé par quelconque sottise de la vie et que cela vienne à accaparer tout mon cerveau, toutes mes opinions !

– Me laissera-t-on mourir ? Me laisserais-je seul ? Continuerais-je à contempler ma fenêtre et à jouer aux courses comme un vieux cadavre tout sec, sans eau ni aucune élasticité ?

– S’en est fait, mon visage est trop marqué, il m’en faut un autre ! Avec un autre cerveau ! Un nouveau corps ! Je suis devenu se que j’ai toujours pensé de moi sans me l’avouer, la transformation s’est faite de l’intérieur. Il faut se dire que rien d’autre n’aurait put remplacer mon destin. Le choix des chemins est fait, et ce n’est pas ma propre volonté qui me l’a dicté, comme je le croyais.

– J’irai me coucher et aucun rêve ne m’accompagnera. Juste des lambeaux de souhaits flottants lourdement dans le néant de mon passé, m’empêchant de bien dormir, me suivant et me hantant, comme des vagues souvenirs douloureux de ce qui aurait put être.

– Je mange, je fume, et je reste là. Mes muscles s’atrophient. Parfois je sers les poings, je me frotte les mains en me caressant les doigts. Je touche mon menton et mes lèvres. Je me replace sur mon canapé, et étire mes pieds. Rien ne se passe, je regarde à droite, à gauche, et j’observe le sac de poubelle devant la porte d’entrée resté là depuis trois jours. Et puis je ne pense plus à rien, la tête prise dans un étau, une histoire qui ne me quitte pas.

– Je me couche, me relève, me fait une tartine avec du beurre, je fume, je me cure le nez.

– Quand on à pas de mots pour expliquer les choses, on rit, ou alors, on se fait de la vulgarité.

– Je n’ai pas du tout envie de dormir, mais cela va bientôt venir.

– Je mangerai bien des frites avec de la mayonnaise !

– Je suis complètement déboussolé !

– J’aurai pu y mettre de la confiture sur cette tartine de beurre…

– Fumer me donne envie de manger, c’est un cercle vicieux !

– Je vais sûrement me la faire cette tartine de beurre à la confiture ! Juste après fumer ! Allé c’est parti ! …Confiture de framboise, je me dégoute.

– Je suis déjà demain, et rien ne se produira, l’éternité a déjà commencé. La nuit à fait son calme, et j’ai toujours l’impression d’entendre une sirène au loin.

RETRANSCRIPTION ENREGISTREMENTS

Les choses fonctionnes d’elles mêmes, de part leur vraie nature ; naturellement ! Non pas parce que j’ai décidé de ce qu’elles sont. Décider moi même des choses qui m’entoures en faisant abstraction de leur nature profonde ce résume à nier leur propres existences autonomes. Entrainant ainsi un dérèglement dans la compréhension intuitive de mon environnement proche. Créant un déséquilibre dans l’enchevêtrement et l’interaction des choses entre elles, perturbant ainsi l’évolution, la mutation, se résumant à vivre dans un monde défini, créé de toutes pièces. Un monde de surcroit artificiel, matériel, pesant, décalé, attardé à l’avenir douteux, éreintant, et dur à surmonter au quotidien. Car pour que ce schéma fonctionne, toute chose doit être maitrisée et décidée, avant d’être assimilée sans conflit.

Il est impossible d’assimiler d’une façon globale, juste et irréprochable, toute chose dans ce sens ; à contrario, il s’agit de faire corps. Sinon, elles seront de toutes façons toujours interprétées mais pas comprises pour ce quelles sont véritablement ; leurs formes énergétiques irradiantes. Parce que je me limite à voir par mes propres yeux, mon propre touché, mon odora, goût, ouïe,… sans rien deviné. Alors que tous mes sens réunis en symbiose, en forment un autre. L’intuition à l’état pure et juste, le nommé sixième sens ! Celui que je peux obtenir par mutation cérébrale spontanée.

Le monde est cette nature que l’on porte en soi. La fonction vitale de nos organes, distingués de leurs propres origines, leurs propres règnes ; fonctionnant par eux-mêmes, et sans l’avis suprême de notre impérieuse décision.

(36) Dimanche 16 février 2014

– Je me lève à l’aube (7h50) énervé, en colère, sortant des vapeurs d’un songe qu’il fallait stopper. Une cigarette m’attire, et me voilà sur mon canapé, le rideau reste fermé. J’aurai ma revanche sur tous ces gens qui se foutent de moi ! Ils ne savent pas de quoi je suis capable ! Oui, de quoi ? Je ne sais pas moi-même. Après ma cigarette, j‘irai sûrement me recoucher, voilà. Et j’attendrai l’heure de la course. Je perdrai et tout restera pareil.

Je prends mes cachets et une deuxième cigarette. Le 12 le 7 le 3 le 11 et ce 9 qui n’arrêtent pas de sortir… Quelle sera la combinaison gagnante aujourd’hui ?

– C’est la fin de la journée, je ne suis toujours pas sorti. J’ai gagné une petite somme et je suis resté là, à jouer. Je me dégoute en prenant conscience du mauvais en moi, ma rancœur, mon égoïsme, et tout ce que j’ai gâché par mes comportements. Je suis mal, et je ne peux plus rien rattraper.

– J’ai souvent manqué de sincérité par lâcheté ou par peur d’être jugé.

– Je n’ai jamais accordé ma confiance, même en amour ; je me sentais toujours trompé.

– Aucune paix en moi n’a jamais vraiment régné ; je me sentais toujours menacé.

– J’aimerai crier ma vérité au monde entier : « je suis malade mais ça ne se voit pas ! » et faire la paix avec tous ceux que j’ai jugé.

– J’aimerai sortir et voir le jour, reprendre goût à la vie ! Mais je m’en sens incapable. Trop d’amertume s’est accumulé en moi, tous m’ont déserté.

– Les oiseaux se sont envolés à jamais vers d’autres contrées et y ont faits leurs nids. Je ne suis qu’un pauvre imbécile maintenant, seul, à fumer mes cigarettes et à regarder l’heure pour aller me coucher. Bloqué, enfermé, je me suis construis ma propre prison. J’ai mal, aucun réconfort ne me soutient, rien n’adoucit ma peine.

– Je n’ai jamais su aimer, sauf pour satisfaire mes propres besoins de gloire au bras de quelques dulcinées, entrevoyant mal la sincérité du cœur par les mots qu’il employait.

– Fougueux, je l’ai été, amoureux aussi, mais à chaque fois excessif et désordonné.

– On pouvait dire de moi que j’avais le cœur sur la main, c’est vrai que j’étais bon, apparemment loyal et plein d’affections. Mais curieusement, à certaines périodes, je déraillais, je devenais sombre et irritable, et cela pouvait durer quelques jours. En moi, je ne savais pas très bien ce qu’il se passait, je ressentais une forme de colère inexpliquée envers tout et tous. Je voulais qu’on me laisse seul, ou alors je répondais désagréablement, sans empathie. C’est donc à partir de ces moments là que je finissais par être catalogué comme négatif.

Alors tout quitter devenait vite la seule solution. Partir loin, pour ne plus avoir cette image de moi dans le regard des autres, et dont j’avais honte une fois mon humeur revenue à la normal.

– Gai et joyeux, triste et malheureux, instable et pleine d’addictions !

– J’avoue que mes plus grandes joies ont été l’amour des quelques femmes que je pensais vraiment aimées. Elles me donnaient force et courage, me rendant plus indulgent et léger envers la vie. Et c’est cela qui me manque aujourd’hui, être Aimer et enfin apprendre à Aimer.

– Mes plus grandes peines ont été mes échecs affectifs et professionnels aussi, à force de tout devoir quitter. J’ai dû refaire ma vie à zéro en repartant de rien cinq ou six fois, j’en suis arrivé à un stade de découragement.

– Je ne me connais pas maintenant que je sais ce que je suis. Je vois ma vie comme un livre que j’aurai lu il y a très longtemps, et dont je ne me rappel plus vraiment l’histoire, juste une émotion indéfinissable et tortueuse.

– J’ai dormis quelques heures cet après midi, je n’ai pas sommeil. Demain lundi – encore une course. Vais-je la gagner celle-là ? Peut-être ou peut être pas… J’ai une petite somme à mettre en jeu, et encore une fois je risque de tout perdre. La chance ne peut pas être avec moi tous les jours. Malheureux en amour, heureux aux jeux, c’est le dicton !

– Plus j’avance, et plus je me détruis le cerveau avec ces cachets à jeun, et cette fumée. Une main posée sur le ventre, l’autre sur le rebord du clavier, les yeux hagards, le dos courbé, la tête lourde, je regarde la porte. C’est une porte vitrée avec un rideau qui l’occulte. Derrière se rideau, je me sens en sécurité, personne ne voit mon malheur. Peut-être se pose-t-on des questions à mon sujet ? – Il ne sors pas !

– Je me rappel quand je suis arrivée ici, le propriétaire, artiste peintre, est mort deux semaines après. Il souffrait trop du décès de sa femme, m’avait-on dit. Il y avait un tas de bouteilles de bières vides à coté de son portail d’entrée, il avait un vieux chien qui faisait ses crottes sur le petit réduit de pelouse en face de chez moi. Je me souviens de lui comme la vision d’une branche d’arbre craquelée, dans la pénombre, au bout du chemin qui menait à ma porte, avec son vieux berger allemand maigrichon, le train arrière affaissé à ses pieds.

– Vivre, c’est avoir le privilège de voir ce qui se passera demain… Mais quand on ne voit plus rien de tous ses sens, et que la souffrance est trop forte, alors à quoi bon continuer, ne serait-ce que pour espérer voir à nouveau un jour ?

– Ne peut-on pas décider librement de ne plus vouloir ? Ne puis-je pas bannir consciemment la curiosité, l’espoir, la joie, le plaisir, la peur ou toutes formes de conditionnements comme le devoir, et rester en vie ? Cela parait impensable !

– Créer une réaction psychique, une alchimie organique, en faisant et pensant à tout ce qui est hors du commun et accepté comme naturel. Je ne parle pas d’ « art démonstratif », mes d’une expérience propre à soi, créer une transformation spontané volontaire.

– Pourquoi ne pas remettre en question les bonjours, les aux revoir, les comment allez vous, les je vous en prie, les nouvelles, les ce qui ce passe, ce qui c’est passé, les comment, les pourquoi, les mensonges ? Cela parait-il si idiot ? Quelqu’un y a t-il déjà songer, sans penser à mal et sans impolitesses ?

A la naissance, l’air amorce la vie et met en branle notre mécanique organique, est-il question d’âme ou d’esprit ? Tous les organes internes d’une voiture ne démarrent-ils pas d’un coup de clé qui provoque une étincelle et qui met en route le moteur ; le cœur de la mécanique ? Ce moteur, ce cœur, ne bat-il pas en un rythme cyclique et indéfiniment ; jusqu’à usure naturelle des pièces ou d’un organe qu’il est possible de réparer, de soigner, tant qu’il y a de l’essence, tant qu’il est alimenté ? Supposons qu’aujourd’hui l’être humain soit plus perfectionné qu’une voiture, un ordinateur se rapprocherait plus de notre fonctionnement, ne serait- ce que par la mémoire qu’il renferme et sa capacité de calcul. Où se place l’âme dans tout ça ? A-t-il besoin de la théorie de réincarnation propre aux espérances de l’homme ? Notre vie « autonome » n’est-elle pas dépendante de l’absorption quotidienne d’énergie contenue dans toute chose ? N’appel-t-on pas intelligence le fait de penser et de s’alimenter sainement tout en considérant notre environnement, en s’y adaptant, aussi bien moralement que physiquement ; ce simple fait ne forme t-il pas l’esprit ; notre état d’esprit ? Nos sens ne sont-ils pas des capteurs sensitifs qui manquent à l’ordinateur programmé en amont par ses expériences antérieurs de survie pour être autonome ; l’intelligence artificielle ? La différence entre un ordinateur et un corps humain ne réside-t-elle pas dans les matériaux employés pour leur conception ? A l’évidence, l’ordinateur ne doit-il pas sa conception à la main de l’homme et l’être humain à celle de la nature qui puise depuis le début des temps dans son propre fonctionnement autonome ; ses propres cycles, ses propres ingrédients, sa propre fusion, sa propre expérience, sa propre mémoire transporté par les gènes et codée dans nos chromosomes, notre patrimoine génétique, comme l’information détenue dans une graine qui a sa propre programmation et donc sa propre forme de croissance ? La conscience n’est-elle pas le simple fait de savoir à volonté tout ce que j’ai mémorisé à un instant T, et à un autre niveau, décrypter mon code de programmation inscrit dans mes chromosomes sur simple demande énoncée clairement et sans « interférences », comme si je développais une équation élaborée et condensée, en lignes de formules significatives et porteuses d’images compréhensives à mon degré ? N’est-ce pas le résultat d’une énigme appelée création que nous tenterions de découvrir ? Ne démystifierions-nous pas un dieu unique à notre image créateur de toute chose et appui du sens moral ? Imaginez-vous les catastrophes, les révolutions que cela engendrerait ; qu’un déconditionnement spirituel entrainerait ? Où se porterait l’influx de nos croyances si nous commencions à les disséquer ? Sommes nous assez évolué pour cela, avons-nous besoin de se garde fou encore longtemps pour éviter de nous massacrer les uns les autres pour des questions de survies et de partages ? Demandons-nous à qui cela profite… Bref. Ce pose alors la question de savoir si c’est bien utile de connaitre le cheminement de nos origines ; savoir d’où nous venons, puisque tout notre passé s’inscrit dans notre présent, notre constitution, et que notre futur est structuré de ce fait ? J’oubli quelque chose ?

– La parole occupe tout : je veux, j’ai besoin, j’explique, je récite, je parle. Mais je ne crie pas, je ne chante pas comme ça dans la rue pour dire quelque chose à quelqu’un. On me prendrait pour un fou ! Cela demanderait des explications.

– Et le cœur, est-il vraiment ce que l’on croit ? N’est-il pas simplement une bombe à retardement que l’on s’efforce de cajoler à tort ? Si rien ne l’arrête, il bat toute une vie, coute que coute ! « Quelque chose m’exploite ! »

– 3h22 Impossible de trouver le sommeil ! Dans mon lit, je pense à ce que je pourrai faire avec des millions, afin de ne pas penser automatiquement à des choses qui me font souffrir. Je me vois réunir ma famille et celle de mon beauf dans des maisons pas trop éloignés les unes des autres, comme un petit territoire. Chacun aurait sa tranquillité, et les parents vieillissants ne se sentiraient pas esseulés et sans aide en cas de coup dur.

– Car des coups durs il y en aura forcement, et puis c’est toujours trop tard, on regrette un peu sur le coup, on pleure, et on se fait une raison, on se dit que c’est comme ça, et la vie continue, ce n’est pas un crime, on emprisonne personne pour ça, on a appris à trouver ça normal de vivre séparé de nos alleux. Abominable, vous ne trouvez pas ?

(37) Lundi 17 février 2014

Dans la chair, et jusqu’au désir,

L’être seul ne peut s’empêcher de souffrir.

Comme lié par une chaine féroce et pleine de délires,

L’être seul se soule et s’enivre, puis s’apaise.

Eternel rebond qu’est le cycle du démon.

Dérisoire espoir, l’être seul s’enlise,

Et meurt de ne pouvoir jouir.

Son seul obstacle est sa renonciation.

Son dévouement à l’abandon,

Son désespoir d’être séparé de son renom.

Sa moitié, son comble,

Replie le destin fortuit de sa peine si longue qu’elle en devient intenable.

Liberté, tu n’es plus de ce monde,

Perdu aux confins des histoires,

Qui jusqu’ici te désigne blasphématoires.

Relis ces quelques lignes,

Pour que ta volonté ne soit pas dictée par tes erreurs. Supplice.

(38) Mardi 18 février 2014

10h30 – Je me tire du lit et de mes regrets. Cigarette, je m’en veux de ne pas pouvoir exprimer mes vrais sentiments au moment voulu. Me sentant continuellement trompé, bafoué, je ne crois pas à ce qu’on me dit, ayant du mal à reconnaitre la sincérité. Une rage silencieuse s’empare de moi, et je deviens une autre personne.

– Cachets, je vais encore rester enfermé chez moi. Je n’ai pas du tout envie de sortir.

– Perdu ! Je ne mange plus ! Je n’en ressens même pas le besoin. Du canapé au lit, ça fait peu de calories à dépenser.

– La nuit est tombée encore une fois et dans ma tête, plein de fumée. Là, assis, à tapoter sur mon clavier, une couverture me chauffant les cuisses comme un petit vieux délaissé, je tire quelques bouffées sur ma cigarette que je n’arrête pas de rallumer. Puis, obligatoirement, je me lèverai sûrement avec peine pour ne pas laisser mon ventre vide, je bâfrerai vite fait quelque chose, et m’éteindrai à nouveau.

Paul refusait de se peser, il avait sûrement perdu du poids et ne voulait pas savoir à quel niveau était arrivée sa décrépitude. Il avait pour habitude de noter sa pesé avec la date directement sur le mur de la salle de bain. Il y avait des dessins aussi sur ce mur, du temps où il débordait d’imagination pour créer. Tout cela lui était devenu indifférent. Alors qu’autre fois, ses œuvres murales représentaient « les symboles de la création pour atteindre l’Éveil constant » ; sa propre libération.

Maintenant qu’il vivait dans un désespoir total, quelque chose comme la foi l’avait quitté, il ne croyait plus en rien.

Après avoir englouti son seul repas de la journée, Paul se mit à dessiner. Il traçait des courbes épurées en essayant d’obtenir un certain équilibre dans l’ensemble des lignes. Cela ne lui prenait pas plus de quinze à vingt minutes. Il se sentait satisfait, celui-là lui plaisait. En même temps, il pensait que le fait de dessiner replaçait certaines idées dans sa tête.

– J’angoisse, il ne me reste qu’une toute petite somme pour jouer demain, et c’est quasiment certain que je perdrai. Il me reste un ticket à encaisser aussi, mais pour ça, il faut que je sorte jusqu’au bar-tabac.

– Que vais-je faire ? Je n’ose même plu consulter mes mails par peur d’y trouver une convocation de pôle emploi. Que vais-je dire ? « – Je ne peux pas travailler, ni parler, je ne sors pas de chez moi, je suis malade, mais vous ne pouvez pas comprendre ».

On me coupera le peu de vivres que l’on m’octroie ! Ou alors je mentirai : « – j’ai cherché une formation comme prévu, j’ai écris, mais on ne m’a pas répondu, et puis j’en ai une autre en vu ».

– Je n’ai plus rien à dire, ni à lire, ni à écrire, je veux juste dormir.

Décision directe :

Le cœur n’a pas besoin de moi pour savoir combien de battement il doit exécuter à tout moment. Il a besoin que je décide de le maintenir en forme. Il a besoin que je décide d’entretenir ma condition physique et moral. Il a besoin de moi pour dire stop au moment critique.

Le cœur a besoin que je lui montre ma détermination à le maintenir en bonne santé, comme tout autre organe, ou toute autre chose, ou tout autre équilibre.

Il n’est alors pas nécessaire de décider de ce que sont les choses puisqu’à l’évidence elles apparaissent et se gèrent par elles mêmes. Me prédisposant ainsi à être libre d’établir une relation ouverte à tout autre état cognitif, et non pas hermétique à toute autre signification.

Toute signification rigide, toute prise de décision radicale, forment un échafaudage d’opinions sur le monde qui m’entoure.

Toutes les opinions élaborées par ce schéma sont fausses, elles ne puisent pas leurs sources dans les fondamentaux. C’est-à-dire : la reconnaissance de l’existence autonome de chaque chose dans le réel vivant, la vraie nature partagée, le fonctionnement naturel et interactif de la vie, la Vacuité.

Reconnaitre l’existence réelle et flagrante des choses du monde qui m’entoure dans ses fonctionnements propres et autonomes, c’est maintenir mon environnement direct en bonne santé en favorisant le déclenchement soudain du nouveau sens, pour tous.

(39) Mercredi 19 février 2014

– 8H36 Je me lève, cigarette. Les travaux de l’autre coté de la rue font un bruit d’enfer ! Je suis un angoissé de la vie, ça fait longtemps que je suis en descente. Je me gratte l’oreille, je baye, et je me demande si je vais prendre mes cachets maintenant. Je me regarde dans le miroir, j’ai une tête d’épouvantail. Des chiens aboient dehors, c’est nouveau ça ! Regardant autour de moi, je vois de loin le dessin d’hier. La guitare posée sur le petit fauteuil, j’ai eu du mal à trouver le sommeil et je me suis relevé pour en jouer un peu. Je rallume ma cigarette. Puis, je prendrai sûrement ces cachets et me remettrai au lit. Ensuite, soit je jouerai au courses de chez moi, soit j’irai au bar-tabac avec mon ticket pour me donner plus de chance de gagner. De toute façon, je ne peux plu recharger mon compte de pari, j’ai atteins le plafond.

– Voilà, je viens de prendre les cachets et un petit gâteau pour faire passer. Je me refais une autre cigarette. Le rideau reste tiré, le sac de poubelle est toujours là, devant la porte. Mon briquet va rendre l’âme, il n’a presque plus de gaz.

– Me regardant encore une fois dans le miroir, je me dis que je pourrai plaire à quelqu’un. Une rencontre inopinée, comme il doit y en avoir plein dehors. Une personne qui me regarderait, vers qui je m’avancerai pour parler. Mais je ne sors pas, je ne parle pas. Donc ça parait difficile. Juste un coup de foudre pourrait me tirer de la solitude et me sauver, un flash, un aveuglement !

– Je n’ai pas vraiment envie de retourner dans mon lit, mais que puis-je faire d’autre ?

21h04 – Voilà, je suis foutu ! Complètement hors du monde ! N’en pouvant plus, après un petit somme, vers 18h30 j’ai pris une douche et je suis sorti sans vraiment savoir où aller, il fallait que je marche. J’en ai profité pour retirer tout le peu d’argent qu’il me restait, puis je me suis dirigé vers le bar du centre ville où on peut jouer aux courses. Il y avait du vent et je sentais mes pas chancelants. Croisant des gens emmitouflés dans leur manteau, des regards, des allures, décontractés, pressés, avec des enfants, passant devant des terrasses de café, des restaurants, je me sentais bien seul.

– Sur mon chemin le regard d’une femme au visage adoucit, à mon sens un peu coquin, ou tout simplement de bonne humeur, fixa le mien. Avait-elle remarqué ma désolation ? Aurait-elle appréciée que je lui propose de prendre un verre, de discuter ? Tout cela était bien sûr au dessus de mes forces et de mes moyens aussi. Mais qui sait, quand on ne tente pas, on à rien ! Il faut que j’aille vers les autres quand je le sens, il faut que je me laisse aller à mes intuitions qui par le passé mon toujours servies. Je dois faire l’effort d’une rencontre ! Non pas comme « un crève la faim » en sautant sur tout ce qui bouge, mais en me laissant aller, rester zen. Cela finira bien par payer ! Je dois choisir mes heures…

– Arrivée au bar, je dis : « – bonjour, non bonsoir » puis je demande si je peux payer mon tabac avec mon ticket. Le buraliste me répond que oui et me rend le change. J’accède à la salle de jeux où trois parieurs étaient installés à des petites tables. Cet endroit me plait, me dis-je, il a l’air d’être réservé aux joueurs, un écran avec le programme des courses en direct et une machine pour parier. Je vais peut-être revenir demain, il me faut un journal avec les pronostiques. Le problème dans ce genre de lieux, c’est que je risque fort d’être déconcentré, influencé par ceux qui parlent, ceux qui s’agacent d’avoir perdu, ou s’exaltent d’avoir gagné. J’ai tellement pris l’habitude de jouer au calme chez moi, devant mon ordinateur.

– Les courses c’est un environnement, un milieu dans lequel je me sens différent. Mais ne pourrais-je pas essayer de m’adapter ? Ne pourrais-je pas en tirer parti ? Au lieu de juger chaque chose, chaque mot ? Je pourrais faire à voix haute, comme ils le font tous, un commentaire sur un numéro d’un air indifférent par exemple, et sans scruter les regards. Puis au fil du temps, en dire un peu plus. Peut-être ferais-je connaissance avec quelqu’un… Mais non, je n’y crois pas, la plus part sont durs, pleins de vices et s’intéressent au foot. Sait-on jamais ! Une tournée générale ! Et la joie radoucie ! Il y a un hic aussi, je ne peux pas vraiment boire de l’alcool parce qu’après je ne m’arrête plus ! J’en ai bu pas mal autrefois et cela me désinhibait, mais maintenant ce n’est plus pareil, je n’aime pas boire seul et de plus je crois que ça va pas bien avec les cachets.

– C’est complètement fou cette histoire ! Moi, assis à une table pendant des heures, dans une salle sans fenêtres, concentré sur un journal, avec des lorgnions posés sur le nez, et un stylo à la main, espérant gagner une course ! Sans parler des allés et retours pour fumer dehors ! Je vais quand même essayer…

– Par moments je n’ai plus envie de me plaindre, vivre ma vie sans compter les heures, marcher librement, laisser le vent baigner ma tête nue, vide, ne plu être obnubilé par faire une rencontre.

– Sans ignorer les autres, mon environnement, le regard détaché, en me concentrant sur « mon feeling ». Être spontané et présent, avec une certaine aura… Mais, permettez-moi de rêver ! Je n’en suis pas là ! J’ai quelque peu perdu le sens de la réalité, mon monde tourne comme un manège. Je n’entends pas bien ce qu’on me dit, une histoire martèle sans arrêt ma tête. Elle fait du bruit et distord toutes expressions, c’est comme si je me trouvais dans un chantier à coté d’un marteau piqueur !

2h46 – Impossible de dormir. Cachet, cigarette, rien à dire.

Je me regarde dans le miroir et toujours cette poche sous l’œil droit. C’es peut-être parce que je dors de ce côté du visage.

Demain journée débrouille, je la sens mal. Presque plus d’argent en poche, obligé d’aller jouer dehors, stress et compagnie. Je ne tiendrai sûrement pas longtemps dans ce bar.

(40) Jeudi 20 février 2014

10h15 – Je sors du lit. Je ne me sens pas aussi anxieux que je ne le pensais hier. Il fait beau, j’entrebâille la fenêtre pour faire entrer un peu d’air frais. Une tronçonneuse est à l’œuvre et le chien aboie. J’aime boire du café le matin avec une cigarette.

Je dois m’habiller et me raser aujourd’hui, il faut absolument que je sorte. Je suis plutôt plein d’allant le matin, mais au fil de la journée ça se dégrade, je fume trop peut-être, et perdre aux courses ça me mine le moral. Ne pourrais-je pas gagner une petite somme bien rondelette bon sang ! Cela me laisserait la liberté de flâner aux terrasses de café et faire des rencontres ! Sans un sou, on ne fait rien en ville, on erre dans les rues.

17h40 – Me voilà de retour chez moi, j’ai joué, j’ai perdu. Je n’ai pas pu tenir plus d’une heure et demie dans ce milieu de joueurs. Impossible de me concentrer, entre le journal à déchiffré, la queue à la machine, les numéros à se rappeler, et les allés et retours pour fumer, ça faisait trop de stress.

Sur la route du retour, un homme qui n’avait pas l’air d’être un clochard, une canette de bière à la main, m’a demandé une feuille à rouler, puis du tabac. Il m’avoua que sa femme l’avait quitté.

– Je suis allé manger chez ma sœur ce soir. Mes parents l’on appelé. J’ai discuté avec mon beauf après le repas, et ça m’a fait du bien. J’irai l’aider demain à poser des barrières dans le jardin pour séparer les chiens.

– A la maison, le courrier à faire traine toujours. Je vais me coucher.

L’absorption de drogues assez fortes rend le sujet apparemment intouchable. Vu de l’extérieur on dit souvent qu’il ressemble à une loque, inerte, se foutant de tout et de tous…

Le sujet Influencé par la drogue, le cerveau en paralysie, inondé en permanence, se tourne instinctivement et d’une façon innée vers la vacuité des Éléments intérieurs, puis extérieurs. Il entend l’écho de ses réels besoins, leurs cris et leurs appels au secours d’habitudes enfouies derrière cette mascarade de la vie conçu sur les apparences. Il ne saura pas gérer ses appels si une préparation mental n’a pas été faite au préalable. Au risque de se perdre à mi-chemin entre deux mondes sans que personne ne puisse l’aider, si non lui-même.

Le sujet ne peut pas s’attacher à l’apparence des choses car elles lui apportent discordance, hallucinations et terreurs. Puisqu’elles ont été fondées sur des prises de positions personnelles bâties sur des craintes personnelles, des décisions qui n’ont rien à voir avec le sens propre et autonome des choses, et qui dans cet état ne lui appartient plus de considérer. Donnant l’image réelle du sens propre des pensées habituellement galvaudées.

« La vraie nature des choses saute aux yeux comme une révélation. »

La drogue dure efface la vision que le sujet a du monde en apparence pour laisser place au véritable sens enraciné des Eléments et des choses.

(Je ne me suis jamais piqué les veines, c’est un témoignage.)

(41) Vendredi 21 février 2014

8h36 – Je me lève, prends mes cachets, fume deux cigarettes et retourne me coucher. Il pleut, mauvais jour pour installer les barrières.

12h30 – je sors du lit, il ne pleut plus. Je bois un café et fume cigarettes sur cigarettes. En moi le sentiment d’être rejeté de tout et de tous.

14h30 – Je n’ai rien dans le ventre et je n’ai pas faim, vraiment le courage de rien. J’imagine mon beauf travaillant dans le jardin, seul, en pensant à moi. Les heures vont passer et je ne sais pas quoi faire. Je me dégoute. Je ne peux pas continuer comme ça. Je l’appel, il me dit que le temps ne s’y prête pas et que l’on verra ça demain. Sauvé ! Je mange deux ou trois bricoles et retourne au lit.

– Rien de bon ne se passera, je suis voué à l’échec, je vais bientôt mourir seul dans ma cage. Mes mensonges et mon manque de sincérité m’ont condamné. Personne ne peut plus rien pour moi. On versera quelques larmes, la vie continuera.

– Ou bien, je peux décider de continuer à vivre en lâchant tout les tourments de mon mauvais passé ! Mais pour cela, j’ai pas mal de réglages à faire ! Me plier aux exigences de la vie sans rechigner. Vivre des journées normales du matin au soir, ponctuées par des repas, échanger, converser sans aucune peine dans l’âme. Accepter mon sort n’est pas chose facile, surtout quand plus rien ne me rattache à la vie, je devrais plutôt apprendre à mourir. Je voudrais juste être calme et détendu, que plus rien ne m’angoisse. Chasser tous ces refrains qui tournent dans ma tête, mais je me sens trop faible pour cela, s’en ait fini !

Quelque chose pourrait sauver Paul : l’amour d’une femme, non ? Car c’est bien de cela dont ce récit parle : un échec sentimental couplé d’une « maladie psychologique » qui amplifie les conséquences, entrainant une profonde dépression, ouvrant la voie à la chute.

Va-t-on assister à la lecture d’une longue et fastidieuse plainte ? Si vous, lecteurs êtes encore là bien sur.

Rappelez-vous :

« Vous en tirerez ainsi la substance voulu par l’auteur alchimiste qui seul souhaite atteindre avec vous le degré cérébral de mutation… »

– Par un matin de fraicheur nocturne, j’additionne les mots. Pieds nus marchant sur les feuilles humides de la forêt, une dépression se fait dans mon cerveau. Tournant mes yeux de gauche à droite trois fois, je sens mes oreilles prendre du volume. Au loin j’aperçois une lanterne suspendu à un arbre mort devant une petite maison. En un pas, je la décroche encore allumée et frappe à la porte. Une vielle dame d’assez petite taille aux cheveux longs ébouriffés et clairs, vêtue d’une toge noire, m’ouvre, m’observe et me dit :

– Ah ! Vous êtes enfin là, entres !

Il fait chaud, le foyer d’une cheminée anime la petite pièce. Une table en pierre disposée au centre et deux chaises l’une en face de l’autre en pierre aussi. La vielle dame me convie à m’assoir à droite, face à la cheminée. Je dépose en même temps à ma gauche la lanterne sur la table. La vielle petite dame faisant les cents pas en se frottant les mains, me dit :

– Bienvenue chez toi ! Je commençais à trouver le temps long ! Mais il y a quelques milliers d’années (ce qui équivaut à quelques années pour l’endroit d’où tu viens) j’ai commencé à retrouver espoir, grâce à toi. Aujourd’hui tu es enfin là pour prendre ma place !

Je sens mon corps se paralyser, je ne peux plus bouger sauf mes yeux.

– C’est normal que tu ne puisses pas te mouvoir. Seule la prochaine personne qui frappera à la porte te le permettra, et ainsi te délivrera. Je vais m’assoir en face de toi encore cent ans, tu va me regarder puis je disparaitrai, redéposant la lanterne sur l’arbre. Ne t’inquiète pas pour la cheminée, elle brûle toujours. Tu auras faim mais jamais tu ne mangeras, tu auras sommeil mais jamais tu ne dormiras. Toutes tes envies et tes addictions te tirailleront mais tu ne pourras pas les assouvir.

Je dois sûrement faire un mauvais rêve, c’est un cauchemar !

– Tu resteras là, comme moi, jusqu’à ce que quelqu’un vienne te délivrer. Je ne voudrais pas te faire peur mais moi je suis resté 30000 ans exactement car à chaque fois que tu passes une dizaine de mille, rien ne se passe jusqu’à la suivante. C’est la seule chose qui raisonnera dans ta tête tout les 10000 ans. Pour le reste tu vieilliras et resteras dans le même état de souffrance dans lequel tu es en ce moment. Voilà ce que m’a dit le vieux monsieur que j’ai remplacé autrefois, et ce dont j’ai fait l’expérience.

Je ne peux pas parler ma bouche est figée. La vielle petite femme s’assoit comme prévu en croisant les bras sur la table et me dit ces derniers mots :

– Voilà c’est fini, je ne parlerai plus jusqu’à ce que je disparaisse.

Nous restâmes là à nous regarder dans les yeux. Son visage n’était pas triste mais plutôt neutre comme quelqu’un qui attend patiemment son tour dans une salle d’attente. Comme moi elle se fige et ne bouge que les yeux qui par la suite restèrent fixés dans les miens. Le feu vivant ondule dans son dos, je me dis que c’est la seule chose que je verrais dans cent ans. Un feu, des flammes !

Que m’est-il arrivé ? Pourquoi et comment je me suis retrouvé dans cette forêt les pieds nus ? Et pourquoi ai-je décroché cette lanterne avant de frapper à la porte ?

Je vais me réveiller ! Je dois sûrement dormir !

Paul ne se réveilla pas, le jour se fit par la seule petite lucarne. La journée se passa, il eut faim quelques heures par deux fois et la nuit tomba. Il avait passé son temps à observer la pièce et à fixer les yeux de la petite vielle qui ne bougeait plus les siens. Il eut sommeil mais ne dormit pas. La peur et l’angoisse le tiraillait constamment.

– Vais-je passer tous les jours comme ça pendant des milliers d’années ? Je vais devenir fou !

On m’a tué, on m’a assassiné ! On m’a volé mon âme ! Ou est-ce par charité que je l’ai donné ? Aurais-je été fou ou espérais-je quelque chose en retour ? Ou était-ce par simple cupidité ? De toute façon je dois la récupérer. Je ne vais pas attendre ici toutes ces années ! Je peux encore penser, réfléchir et mettre à jour mes idées, et ainsi me tirer de ce cauchemar devenu une réalité présente et solide !

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3h00 Impossible de trouver le sommeil ! Ça va être dur si je dois aller chez ma sœur aider mon beauf demain. Il faut pourtant que je dorme !

On dit que c’est dans la pauvreté que l’on crée?

Pouvez-vous réellement vous interroger sur le véritable sens de cette formule ?

Car c’est à ce moment là que l’on se rapproche de soi, du souci de nos besoins premiers qu’on entend raisonner à l’intérieur, comme des cris de souffrances appelants au secours désespérément et qui viennent des profondeurs de l’âme. C’est à ce moment qu’il faut faire un choix et s’attarder sur les bonnes questions. Entre ne plus souffrir en vivant dans la joie permanente ou continuer à se battre aux cotés de nos bourreaux, avec eux et surtout pour eux. Autant dire contre vents et marées, contre son propre corps, contre soi même.

Avec patience et sérénité, le véritable sens profond de toute chose nécessaire à leurs éclosions voient le jour en emplissant le corps et l’esprit d’une joie extrême et surprenante.

(42) Samedi 22 février 2014

23h08 – Je suis allé manger chez ma sœur ce soir, ce midi aussi ou plutôt vers quinze heures. Tout le monde était en retard sur les horaires. J’ai aidé mon beauf à poser la barrière, ça n’a pas pris beaucoup de temps, une heure et quart à peut près, le match de foot qu’il prévoyait de visionner m’a sauvé du supplice !

– Les téléviseurs sont partout, ils diffusent principalement des séries, des émissions, des reportages, les actualités, de la publicité sans arrêt… Moi, je n’arrive pas à m’y intéresser, ça m’agace, je ne me sens pas concerné.

– Je suis resté allongé un court instant sur le lit de la petite chambre, puis je suis rentré.

J’ai pris un Valium et je me suis couché. J’ai dormi un peu, et à vingt et une heures le téléphone a sonné ! Je suis parti en trombe chez ma sœur. Je n’ai plus rien à manger à la maison, plus d’argent et je dois absolument gagner aux courses.

– Demain je dois y retourner et la journée sera plus longue : des énormes pierres à déplacer, du ciment à couler, des trous à faire, des poteaux à poser, des barrières, et pas de match de foot ! Je vais mourir !

– Je me sens mal, seul, faible, pauvre et misérable à faire des allés et retours dans cette petite voiture, je ne suis personne ; je suis un fantôme. Je retrouve le calme à la maison, la tristesse aussi. Je souffre de ne plus rire. Mon visage dégouline et mes yeux tombent. Je suis sans avenir. Je vais me coucher…

– Madame, madame ! Pensez-vous que j’ai raté ma vie ?

– Oui mon cher monsieur, mais venez chez moi, nous en discuterons.

Arrivé chez elle, deux colosses m’attendaient, ils m’ont arraché le cœur et m’ont laissé pourrir sur le sol. Je pouvais voir mon corps ouvert qui baignait dans une marre de sang. Alors je me suis relevé et je me suis penché au balcon, je suis tombé du troisième étage sur le béton, j’ai marché jusqu’à chez moi et je me suis étendu. On m’avait volé mon cœur, comme ça, arraché d’une main !

– C’est calme, très calme, le chien n’aboie pas la nuit. 2h00 Cette fois ci je me couche.

(43) Dimanche 23 février 2014

7h20 – Je suis réveillé par des miasmes de perdissions. Je me lève encore une fois avec le sentiment de n’être rien de bon. Tous ont des projets qui les motivent. Moi, plus rien qui m’anime de jour en jour, sans l’envie de faire ; de créer. Je suis inutile à moi-même. Aujourd’hui dimanche et c’est un jour comme un autre.

– Je prendrai bien un café, mais ça va m’empêcher d’aller me recoucher, il est trop tôt, je n’ai rien à faire, je ne peux rien faire, je ne veux rien faire ! J’ai pris mes cachets, je fume ma deuxième cigarette. Puis je retournerai dans mon lit, j’attendrai quelques heures, je me lèverai, je boirai du café, je ferai mes pronostiques, je passerai jouer au bar et j’irai chez ma sœur où le labeur m’attends. Et là je penserai continuellement que je ne suis pas à ma place, que je suis dans une autre vie, une vie forcée et complètement décalée. Tout est de ma faute, je n’ai pas eu l’influence nécessaire en temps voulu pour bien la diriger. Pourtant j’étais là, mais curieusement ce n’était pas moi.

– Toutes fois, je me trompe peut-être, car cela reste ma voie personnelle, et je la tien pour « sacrifice et service rendu en haut lieu ! »

– Le chien aboie déjà, il n’est pas juste à coté de chez moi, je l’entends au loin. Les voisins directs doivent en avoir marre. J’entends le store de ma voisine s’ouvrir, qu’à-t-elle à faire à huit heures du matin ? Quelque chose sûrement, elle ne se lève pas pour regarder son plafond.

Je la déteste, c’est une sorcière maléfique !

11h00 – J’ouvre un œil, 11h45 je me lève

22h29 – Me voilà de retour chez moi. La journée est passée, et j’irai bientôt me coucher. Avec mon beauf ont a monté les barrières, fait un trou, mit un poteau, coulé du ciment… Pendant tout ce temps là, je n’ai pas cessé de penser au passé et à la vie que j’aurai pu avoir, si par raison non émotionnelle j’avais su la vivre.

– Tout ce que j’ai eu sans jamais l’avoir est devenu tout ce que j’ai de ce que je n’ai pas eu. Et si par miracle je trouve ce que je veux, il sera trop tard pour l’avoir.

– Je suis vraiment mort, il ne me reste plus que la faim, la soif et le sommeil. Tout le reste a disparu.

– Si je continu à vivre, je deviendrai de toutes évidences quelqu’un que je n’aime pas. Il ne me sert à rien de vouloir changer le cours de mon existence car il sera toujours en dessous de mes fâcheuses exigences. Il n’ait pas improbable que tout ceci soit faux, mais le lourd poids du présent certifie impitoyablement que tout ceci est vrai ! « Qui vivra verra ! Mais qui est déjà mort ne verra pas ce qu’il vivra. »

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Ah ! Vous aussi madame, l’existence vous a donné des pensées et des gestes automatiques qui vous trahissent et dont vous vous surprenez tristement à faire quelques fois ? Est-ce la nature qui vous a destituée d’avance, ou vous-même de la nature elle-même ?

– Mon cher monsieur, la nature à voulu ce que je suis et je suis devenu moi-même ce qu’elle à voulu que je sois. C’est une question d’affiliation.

Dans l’un de ces cas, avons-nous à nous conformer aux évidences toujours défaillantes de ceux qui se reconnaissent en leur vrai nature ? Il nous est impossible de vivre avec les défauts communs du plus grand nombre qui par reconnaissance mutuelle s’acceptent aisément entre eux. N’est-ce pas madame ?

– La mélancolie ne se partage pas, comme la joie du plus grand nombre, qui elle, passe par le cœur et non l’inverse, mon cher ami.

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3h00 Je me couche.

(44) Lundi 24 février 2014

8h16 – Dehors le grondement des voitures amenant leurs hôtes vers les nécessités quotidiennes des villes déjà réveillées.

8h30 – Je me lève, j’ai besoin d’une cigarette et de chasser mes affreuses pensées. Une petite piqure d’insecte sur mon poignet me dit que les araignées prennent possession de mon logis laissé à l’abandon et en profitent pour venir m’attaquer. Ma voisine ouvre son volet. J’entends au loin les travaux du chantier. La poche sous mon œil droit gonfle de plus en plus. C’est l’anniversaire de ma mère aujourd’hui, je dois l’appeler.

– Je dois prendre mes cachets, j’ai envie d’un café… C’est fait, juste un demi-café et les cachets. Ma sœur m’a donné de l’argent hier, il faut à tout prix que je gagne ne serait-ce qu’une petite somme aux courses, je ne peux pas tout dilapider. Je lui amènerais les deux ou trois courriers qui me tourmentent, elle m’a proposé de s’en occuper quand j’irai aider mon beauf encore aujourd’hui.

– Mon rideau reste tiré, j’ai peur de ne plus vouloir me recoucher après ce café. Pourtant la vie est là dehors qui attend de me dire bonjour, je la refuse encore.

– Des jours nouveaux viendront et le goût de leurs fruits me fera oublier l’amertume de mes péchés, de mes échecs passés. Cela tient sûrement à peu de choses, une parole, un sourire, une rencontre.

– Tôt le matin comme tard dans la nuit, tout est possible, rien ne m’oblige, rien ne se confronte à mes sens. Mais entre les deux je m’expose à un soleil brulant toute ma vivacité.

– Je me suis recouché vers dix heures et réveillé vers onze heures trente, je n’ai pas voulu sortir du lit, au moins jusqu’à midi et quart. J’ai fais mes pronostiques de jeux un peu à la va vite, douché, habillé et parti en trombe. Passé par le bar, j’ai joué et je n’ai pas gagné un centime ! Dommage il y avait une belle somme à gagner, de plus j’ai eu la nette impression d’avoir imaginé la veille les deux premiers numéros qui venaient sortir, le 4 et le 2 !

22h53 – Quand je suis arrivé chez ma sœur vers quatorze heures, mon beauf finissait de manger, ma sœur avait déjà terminé. Ils devaient sortir, pour entre autre chose, acheter du matérielle pour la pose des gonds sur les portes des barrières. Mon beauf me confia une mission qui me prit quinze minutes entre toutes celles dont je me sentais incapable d’exécuter tout seul.

Je me suis fait une galette avec des œufs, du jambon et du fromage et je suis vite allé m’étaler sur le lit de la petite chambre. Attendant leur retour, je suis resté dans le noir, et j’aurais pu y rester tout l’après midi.

– Les gonds ne mirent pas longtemps à être installer. En fin de journée ma sœur à fait prendre un feu avec le tas de bois mort qu’elle avait rassemblé. Et bientôt des grandes flammes s’élevaient vers le ciel. Nous restâmes tous autour à le regarder en silence. J’ai toujours aimé regarder un feu brûlé, ma sœur et mon beauf s’émerveillaient, et en moi je souffrais de ne plus pouvoir prendre part à ce plaisir. Alors j’ai enduré quelques instants pour ne pas décevoir leur joie partagé, puis je suis retourné m’allonger dans le noir jusqu’à l’heure du diner.

– La tristesse, la désolation et le désœuvrement font toujours parti de mon quotidien.

« Ô providence divine, suprême évidence, toi si bienveillante, je t’en prie, déposes un cœur sur mon chemin que je puisse aimer à nouveau et ainsi me défaire de tous mes maux.

Ne puis-je plus m’arranger pour que cela soit possible ? Où et comment pourrais-je retrouver les plaisirs de l’âme qui me font tant défauts sans ta complicité ? Je connais ton indulgence qui ne m’a jamais été invisible, et tu sais que je ne suis pas un si mauvais bougre. Seule sur toi repose ma confiance de toujours.»

1h14 je me couche.

(45) Mardi 25 février 2014

Levé 9h40.

« – Comment ! Moi, sur terre, jamais connu ! Personne me dites-vous ! Mais dans quel corps j’habite ? Où suis-je tombé ? »

– Je n’ai pas pris de valium hier soir, c’est peut-être pour ça que j’ai mieux dormis. Ou bien parce que mes tourments s’estompent. Aurais-je rêvé d’autre chose ?

16h40 – Je suis sorti ce midi pour mettre de l’argent à la banque afin de réapprovisionner mon compte de pari. J’ai joué à la course principale vers 13h50, j’ai perdu et je suis allé me coucher. Je n’ai rien dans le ventre et je n’ai pas vraiment faim.

– Mon cas m’inquiète, je ne fais que dormir. Un autre avis de lettre recommandé était dans ma boite, mais celui-là je n’irai pas la chercher.

– Mon ventre gargouille, il faut que je mange quelque chose ; toute la vaisselle est sale. Je vais me réchauffer du café avec une tartine de pain beurrée (je ne bois jamais de café l’après midi). Allé, je retente de jouer deux ou trois petites courses…

21h03 – J’arrête, j’en ai marre de jouer à ces maudites courses ! Je n’ai mangé que quelques morceaux de pain, je fume comme un pompier et mes cuisses flottent dans mon jean !

21h26 – Je viens d’en rejouer une, je suis intraitable ! Je capitule, il faut absolument que je mange quelque chose ! Rémoulade de céleri, riz Thaï onze minute et pavé de tofu. Je vais avaler ça vite fait, je fume entre temps.

– Je suis moins qu’un animal sans grâce et sans reflet ! C’est prêt, je finis de fumer et je me remplis la panse à même la casserole avec une cuillère ! Non, dans un bol.

– Donc, résultat des courses : je suis toujours là depuis bien des semaines, assis sur mon canapé, à fuir toutes mes responsabilités, comme je l’ai toujours fais plus ou moins consciemment d’ailleurs. Seul, sans contacts, une pluie battante dehors, le cliquetis du radiateur, et sans projet d’avenir, si ce n’est celui de gagner de l’argent aux courses de chevaux. Bravo !

– Je n’arrive pas à établir la différence entre le fait que mon état vienne de ma propre volonté et celui dicté par «  la maladie. » Qu’importe, je suis vraiment dans une très mauvaise passe. A mon humble avis, je suis tout ce qu’il y a de plus foutu. Que dire de plus ? Rien, je vais dans mon lit. 23h42

1h56 Je me lève pour manger le Muffin au chocolat que ma nièce m’a donné et je bois un verre de lait frais. Je fume. 2h30 lit.

(46) Mercredi 26 février 2014

20h49 – J’ai encore envoyé un long sms de détresse à ma sœur en fin d’après midi. Elle m’a rappelé un peu plus tard, j’étais à moitié endormis, cela m’a permis de sortir du lit. Il faut que je mange quelque chose, certainement une brique à l’œuf avec du thon. C’est simple rapide et je n’ai qu’une poêle à laver, des couverts aussi. Je n’ai que deux œufs brouillés et une tranche de pain beurrée dans le ventre depuis 16h00. Demain je dois me lever à 8h00 j’ai rdv chez mon psychiatre à 9h00 !

Je ne suis pas sorti, cela devient une habitude de rester chez moi… Je ne sais plus ce que je voulais dire…

« Au repos, je sens mon humeur qui oscille entre : angoisse, grand tourment, éphémère confiance et fugace plaisir, angoisse, grand tourment, éphémère confiance… »

Réflexion :

– Cette oscillation me vient des pensées que je ne contrôle pas et qui influences l’instabilité de mes frêles émotions, pour venir se loger dans le plexus et y créer une douleur, jusqu’à ce qu’une autre pensée vienne l’en délivrer, mais sans me laisser indemne. Et cette douleur qui reste, repasse par les émotions pour créer des pensées, et ainsi de suite, c’est un cercle sans fin !

– Pour casser ce cercle infernal je dois contrôler mes pensées. Mais comment faire s’il n’y a plus de pilote à bord ? S’il y a une défaillance d’ordre mécanique ? N’est-ce pas le corps qui donne vie à la pensée en tout premier lieu ? Est-ce la pensée qui contrôle le corps ou le corps qui domine la pensée, ou l’un et l’autre ? La pensée ne finit-elle pas par modeler le corps et le corps par transformer la pensée, l’un influençant l’autre ?

23h28 – Je dois manger.

00h02 – Les efforts du corps entrainent les efforts de la pensée et vis vers ça, l’un accompagnant l’autre. Les exercices physiques font du bien au corps. Mais ils sont dictés par une pensée polluée, et c’est le refus du soutient de celle-ci qui entraine l’effondrement et l’apitoiement du corps, qui à son tour nourrit les pensées de son état.

– Le « courage perdu », consiste à donner un élan positif au corps par des exercices physiques simples, comme des étirements, assouplissements, respirations ; ou à l’esprit par des bonnes pensées comme des souvenirs joyeux, la contemplation de quelque chose d’agréable. Ce courage si minime soit il provoque une synergie intérieure positive et petit à petit, à force de récurrence soustrait le mal-être par le bien-être.

– Un bon moral est le résultat d’une bonne union du corps et de la pensée : l’esprit.

– C’est vrai ! On n’a donc qu’une vie ! Et je suis resté comme un enfant qui a envie de tout avoir mais à qui on ne sourit plus de la même façon. Je n’ai plus d’excuses. Je n’ai plus le visage de l’innocence. Les choses que je vois aujourd’hui, je finirai par ne plus jamais les voir. « La vie est un don du ciel et l’amour la rend vivante. »

2h38 – je n’arrive pas à m’endormir, ça va être dur le réveil tout à l’heure ! J’ai un peu mal au ventre, c’est peut-être à cause des œufs. Mon psy dort sûrement, lui. Ou peut-être pas…

Lettre à Tiken Jah FAKOLY

Tes chansons sont justes. Elles reflètent ta noble pensée. Elles parlent d’amour de paix et de bonté. Tu sers la noble cause. Je t’ai vu sur la scène. Parmi cette foule excitée, fanatisée, errant dans les apparences, étrangère à la vraie nature de ton message. J’ai vu dans tes yeux ton ressenti. De la paix et aussi une grande déception. Tu parle de ton peuple et tu en parle bien. Tu sers la noble cause. Il te reste à admettre et intégrer la totalité qui emplie et anime toutes choses. Afin de les considérer comme elles sont et non pas comme tu les vois en apparences, ce sont les signes perceptibles jusqu’à leurs extinctions du reflet de la moindre pensée négative. Niant la vraie nature des Éléments en leur cheminement. De leur début à leur fin. Entrainant causes et effets. C’est la connaissance de la véritable nature des choses, comprises et acceptées dans leurs totalités.

La force de l’éveil constant en toute chose est enfin là. Je ne suis pas un sauveur,

je ne suis pas un libérateur. Je suis un être humain comme nous tous. Un être

humain qui a pris le temps avant d’agir de comprendre le véritable fondement

des choses par leur propre voix naturelles et autonomes. Non pas par le fruit surréaliste de ma pensée souillé, les craintes ou les doutes qui entrainent et entretiennent les fausses pensées de la vie dans les apparences.

La force de l’éveil est là. Celle qui inonde, celle qui sauve tout et tous, dans le tout et parmi le tout. Celle qui transcende le sens de la connaissance et de l’intelligence suprême de l’unité consciente.

Je ne connais pas bien ton pays car je ne connais pas bien le monde en général. Mais je sais que les jours heureux sont bientôt là. C’est mon seul réconfort devant tant de souffrances. Nous sommes tous issus du même pays. Notre mère à tous. Notre chère patrie bien aimée. Celle qui nous porte en son sein depuis l’aube des temps. Notre

merveilleuse mère à tous. Notre chère patrie la terre féconde. Abondante, généreuse et tellement souillée.

Aujourd’hui je m’adresse à toi car j’ai besoin de ton aide. Comme toi je fume la Ganga car la Ganga révèle les bons sentiments aux esprits purs. Afin de les intégrer dans leurs totalités. Afin de les faire régner en toi et ainsi en tous. L’intangible dans sa vraie nature.

La matière depuis son élaboration à sa conception jusqu’à son utilisation. L’intégralité de ton être dans sa totalité. Tel est mon désir. Tel quel sera ma joie. Tourne ta parole vers le bien-être de l’humanité toute entière.

Jusqu’où ira ton inspiration. Ne crains tu pas de t’essouffler un jour ? L’eau pure qui grâce à son apaisement sommeillait va maintenant se réveiller et trouver son utilité.

A ma grande peine je me cloître un peu aux yeux de mes frères. Je sais que dans leurs coeurs les forces ne sont pas tout à fait prêtent. J’ai beaucoup à te dire. Tout est prêt.

Je dois être sur de savoir à qui je m’adresse. Je t’offrirais le dit privilège en ce monde de la diffusion du texte de libération du nouveau sens cognitifs qui procure le savoir universelle en tout Élément et en toutes choses. Sans aduler ni contraindre. Restes humble et garantie toi de ne pas faiblir. Le temps se fait pressant. Fais confiance qu’en toi même. Gardes-toi bien. A bientôt

(47) Jeudi 27 février 2014

12h06 – J’étais à l’heure ce matin, mais pas mon psy. J’ai attendu quarante minutes ! Je suis reparti en demandant au secrétariat de me rappeler quand il sera là, j’habite à trois minutes. J’en ai profité pour faire ma vaisselle et même une machine de linge, quel exploit ! Le secrétariat me rappel pour me dire de repasser entre 11h00 et 11h30, je dis :

– 11h30 ça va ?

– Très bien.

– De retour chez moi, je me sens autant désœuvré ; juste la vaisselle faite et le bruit de la machine qui tourne. L’envie de jouer aux courses me tiraille, mais je dois faire attention à l’argent qu’il me reste, et en même temps, je me dis qu’il serait bête de rater une occasion de gagner ! Ne pas jouer c’est s’avouer vaincu !

– Il faut absolument que j’arrive à passer un coup d’aspirateur aujourd’hui ! Je n’ai qu’une envie, c’est de m’allonger dans mon lit un court instant…

– Je me suis réveillé avec le réveil pour jouer les deux sous qui me restait, j’ai perdu et je me suis recouché. Puis je me suis relevé en milieu d’après-midi pour manger un bol de riz avec le tofu, et je crois bien que je suis retourné dans mon lit ensuite.

23h18 – Je suis allé diner chez ma sœur ce soir vers 20h00. Quand je suis arrivé, elle n’était pas encore rentrée du travail. Mon beauf était en train de boire du rosé mélangé à du sirop alcoolisé. Deux ou trois chiens m’ont sauté dessus pour me dire bonjour et me lécher les mains. A la télévision du football était diffusé. Nous échangeâmes quelques mots, surtout au sujet des médicaments que je devais prendre ; je suis désolé mais je n’arrive pas à parler d’autres choses que de moi depuis des mois ! Et ma sœur est arrivée, fatiguée de sa journée, elle alla se changer. Ensuite je lui ai parlé quelques minutes de mon rdv chez le psychiatre, ma filleul est descendue de sa chambre pour finir de préparer le diner ; un rôti de bœuf que mon beauf avait déjà piqué d’ail était au menu. Je regardais ma filleule prendre délicatement du bout des doigts les tranches de saumon prévues pour l’entrée, et les disposer dans une assiette, et en même temps j’imaginais les chiens en train de lui lécher les mains. Puis nous nous sommes mis à table.

– Mon beauf interfère tout le temps dans les discutions, quand il n’est pas absorbé par le match ou son assiette. Ma sœur me parlait d’une publicité pour un yaourt. Mon beauf ne se laisse pas faire, il a de la repartie et quand il me parle, moi, je n’ai plus rien de tout ça. Ma filleule expliqua certaines choses sur les Appellations d’Origines Contrôlées. Moi je ne faisais qu’acquiescer ou dire quelques mots en retour, m’efforçant de manifester de l’intérêt pour ceux qui transitaient au dessus de la table tels des ondes allant des bouches aux oreilles des uns et des autres. Sous mes pieds un gros chien s’était installé.

Puis nous avons mangé du fromage, ma filleule remonta dans sa chambre en nous saluant avec le gros chien et un petit qui suivit aussi. Peut de temps après j’embrassai ma sœur qui alla se coucher, et serrai la main de mon beauf qui resta à regarder le match. Je reparti avec une part de tarte aux pommes, une banane mure, une clémentine et deux yaourts nature.

– En sortant je n’étais pas bien sûr d’avoir marché sur une crotte de chien, dans la pénombre, j’ai frotté le talon de ma chaussure sur le sol où jonchait quelques feuilles humides, puis après avoir fais quelques dizaine de mètres en voiture, l’odeur m’en donnant la certitude, je me suis arrêté pour le refaire à nouveau devant les phares.

– Seul dans cette petite voiture, le sac plastique de victuailles posé sur le siège passager et les deux gouttes d’essence qu’annonçait la jauge, je regagnais mon chez moi sur la route mouillé où était déjà passé la pluie.

– Quelle chance ! Dans ma rue, il restait une place pour se garer !

2h57 couché.

(48) Vendredi 28 février 2014

22h36 – Premier rdv chez la psychologue à trois portes de celle du psychiatre. 14h20 Je lui ai présenté ma situation, mis en avant l’accumulation des points forts de ma vie, ceux qui ont soulevé par le passé des débordements d’émotions non résolus jusqu’à aujourd’hui, entrainant un sentiment profond de culpabilité ; la principale cause de mon état actuel. Elle m’a proposé, lors des prochaines séances, de revenir sur ces points forts afin de ne pas porter tout le poids de la culpabilité à moi tout seul ; déculpabiliser. Dur de parler de choses qui font mal. J’ai accepté sans réelle conviction… Je la revois dans une semaine.

– De retour chez moi, une lettre m’attendait avec une somme astronomique à payer. J’ai pris un Valium et me suis coucher.

– Ma sœur ne m’appela pas comme prévu aujourd’hui pour me demander des nouvelles de mon rdv. Je me suis fait cuire des pâtes à la sauce tomate et aux lardons, mon seul repas du jour à 18h00, mis à part une clémentine et un bol de céréales.

Paul se sentit plus calme quand il se réveilla. Avant de se coucher dans l’après midi, il s’était dit qu’on pouvait le dépouiller de tout, et qu’il serait un martyr comme jésus sur la croix. Il pensait en rêvant de partir loin de tout ça…

« Ses exigences avaient pris possession de son corps et son corps avait pris possession de ses exigences. »

Il avait toujours pensé être deux, alors qu’il commençait à réaliser qu’il n’était qu’un.

23h57 Valium, couché

(49) Samedi 1 mars 2014

6h53 – Paul se lève, le jour aussi, il écarte le rideau à moitié, cigarette, cachets, et se recouche.

11hh00 – Paul en prenant son café se disait qu’il n’avait pratiquement pas de biens personnels et que les huissiers pouvaient tout lui prendre, il s’en foutait. Au calme dans son lit, il s’efforçait de donner les derniers moments de tranquillité à son corps avant que la foudre ne s’abatte sur lui.

En fin d’après midi, il était énervé contre lui et cognait de son poing dans les murs.

– Pourquoi j’ai fais ci ? Pourquoi je n’ai pas fais ça ?

Et ainsi de suite… Il avait passé toute la journée dans son lit et n’avait qu’un bol de céréales dans le ventre. En se levant, se sentant faible, il coupa deux tranches de pain dur avec du beurre et mangea la banane mure. Puis il lui fallait mettre de l’essence avant la fermeture de la station car il comptait aller manger chez sa sœur et lui donner ce courrier qu’il avait reçu.

Paul n’en pouvait plus, il voulait juste qu’on le laisse tranquille. S’il était possible de le laisser seul dans une petite cabane et qu’on lui apporte à manger, il aurait dit oui ! Il se sentait être moins qu’un chien ; un chien faible, peureux et triste. Sa vie était arrivée au point de rupture.

(50) Dimanche 2 mars 2014

19h49 – Il faisait beau, un ciel bleu et limpide. Paul passa toute la journée au lit. Il regarda la course mais il ne joua pas. Vers 16h00 il mangea deux œufs en omelette mélangés à une courgette et deux tranches de pain, prit un Valium et retourna au lit.

Dans le noir, il demandait à son corps de profiter de ces derniers moments de calme ; une routine commençait à s’installer. Maintenant qu’il ne savait plus quoi faire pour se sortir de sa situation, il se laissait vraiment mourir, attendant que tout lui tombe dessus. Il n’avait plus qu’à nourrir son ventre tant que celui-ci le demandait. Pour le reste, il baissait les bras.

Sa sœur insistait à vouloir l’aider, mais si lui-même ne pouvait rien pour lui, personne n’y pouvait rien non plus. Il allait crever voilà tout et personne ne s’en doutait réellement. Il espérait ne plus se réveiller un jour, la vie l’ayant quittée à tout jamais dans son sommeil. Il ne pouvait pas s’exécuter lui-même, il n’en avait pas l’audace, du moins cela ne faisait pas parti de ses intentions pour le moment.

Il finissait par perdre le langage des mots à force de ne pas parler, il n’ouvrait plus la bouche, sauf pour bayer ou pour en prononcer quelques uns, tout seul à voix haute.

(51) Lundi 3 mars 2014

Cela devenait très grave pour Paul !

Il passa encore toute la journée au lit. Il ne se leva que pour son café vers 10h00, puis vers 16h00 pour manger un bol de riz mélangé à une boite de thon et de la sauce tomate. Il continuait à prendre ses cachets et à attendre les lendemains. Il pensait à sa sœur qui était tout le temps submergée de travail et à son beauf qui devait bricoler chez lui.

Paul ne s’habillait pas, ne se lavait pas et attendait le dernier moment pour sortir acheter à manger et du tabac. Pour le reste, il ne voulait plus rien savoir. Un chat venait le voir de temps en temps et il s’installait dans le lit ensemble, mais il ne restait pas longtemps, une heure tout au plus. Paul se disait que peut-être ce chat sentait la mort planer et c’était pour cela qu’il ne pouvait pas rester bien longtemps.

« Il y a quelques années Paul s’était vu mourir et renaitre dans un corps plein d’énergie, mais aujourd’hui il se sentait mort et bien mort. Cette fois-ci il était revenu à la vie mais dans la terrible mort. »

– Dans une réalité parallèle ou à un autre niveau de conscience, appelez ça comme vous le voulez :

– Ne sommes nous pas déjà tous morts d’une certaine façon ? Qu’est-ce que la mort dans notre société aujourd’hui ? Quand on n’a pas de travail ni d’activité gratifiante, pas de contactes humain ni d’amis solidaires, pas d’avenir durable ni de véritable compassion, pas de vie saine ; que de la faim, de la soif et de l’envie ; sinon rien ! Un monde érigé et encore parsemé de guerres à tous les niveaux ; des frontières égoïstes ; du pouvoir de scélérats. Nous sommes en sursis et nous jouons inconsciemment avec nos cendres ! Drôle de vie que la notre, nous marchons les yeux fermés comme si au loin, l’intuition récurrente gravée du cataclysme qui va inévitablement nous désintégrer à tout jamais encore une fois.

– Un choc terrible nous menace et instinctivement nous profitons un maximum de nos derniers instants. Nous prônons la joie et l’allégresse, nous émoustillons nos sens et voulons aller de plus en plus vite aux quatre coins de la planète. Ce n’est pas un signe de mort individuel mais d’extinction générale de la population. Nous sommes comme dans une fourmilière dont les fourmis, sentant la menace, courent tout azimutes. N’est-ce pas visible ?

– Aux vues de cette autre réalité, le message est compréhensible, ce n’est qu’une question de temps. Dès lors, la solution est imperceptible, elle est hors de notre portée. L’effroyable souffrance qui est en chacun de nous, et que nous nous efforçons de distraire par toutes sortes d’occupations, n’est que le signe certain qu’un grand « virage » s’annonce.

Paul fumait sur son canapé ou attendait passer les heures en dormant dans son lit. Il percevait que la foule s’agitait tout autour de lui, que tous persistaient à vouloir bâtir, ériger, construire, démolir, piétiner, assujettir… Et en même temps, il ressentait de la haine et de la culpabilité envers lui-même.

Il avait creusé sa place dans le canapé et allongé ses jambes croisées sur les deux petits fauteuils. Pétrifier, il ne ressentait plus d’intérêts à faire quoi que ce soit.

– A quoi bon ?

– Une autre vie m’attend, pas de doute qu’elle ait tout l’air de mal s’annoncer, mais elle m’attend sur terre, je ne sais où.

2h52 – Deuxième fois que je me lève, impossible de dormir ! Le Valium ne me fait plus d’effet, c’est des somnifères qu’il me faut ! D’un autre coté, vu que je dors la journée, je n’ai pas sommeil la nuit. Tout à l’heure, j’irai faire des courses, je n’ai plus rien à manger. J’ai reçu mes maigres indemnités de survie. Une fois tout payé en début de mois il ne me restera plus rien dans dix jours. Je m’inquiète pour mon rdv à pole emploi dans trois jours, je n’ai rien préparé, je risque de ne plus avoir d’indemnités. C’est de toute façon le chemin que je prends. Et puis, dédommagements, compensations ; mais de quoi ? De la misère qu’on me fait vivre ?

(52) Mardi 4 mars 2014

9h09 – Une autre vie, il me faut une autre vie ! Encore une ! Je n’ai eu jusqu’à présent que des morceaux de vies, il m’en faut une entière, une dernière, une vraie et durable. Faire avec ce que j’ai, ce qu’il me reste et ce que j’aurais. Toutes ces vies n’étaient pas les miennes. Où se trouve-t-elle ? Chez moi, dans mon lit ? Dehors, au coin d’une rue ? Dans le refus d’accepter mes obligations, mes devoirs, mes responsabilités suggérés ? A cette heure-ci, dans l’abandon, dans mon taudis, avec ma tête, mes grimaces ? Oui, une autre vie avec tout ça !

20h53 – Je suis donc sorti pour faire des courses cet après-midi, il faisait beau et je me sentais bien seul caché dans ma petite voiture. A l’arrêt, au milieu d’un passage clouté, je voyais toute cette foule transiter de gauche à droite me donnant le tournis.

– A cette heure-ci d’un jour de semaine, il n’y a que des vieux au magasin ; je suis vieux moi aussi. Pas rasé, les cheveux gris, la mine défaite ; je n’ose regarder personne. La vu d’un petit groupe de jeunes me fit souffrir, je me sens tellement contraint et éloigné de ce monde. Je n’aime pas qu’on me dise « monsieur. » Puis je suis rentré, j’ai mangé une boite de conserve (qui m’a fait aller aux toilettes quelques heurs plus tard), regardé quelques courses sans jouer et je suis allé dans mon lit.

– Je n’ai toujours rien préparé pour mon rdv chez pole emploi ; un CV, des justificatifs de recherches, quoi dire ? Comme d’habitude j’attends le dernier moment et ce dernier moment c’est demain car j’ai rdv à 8h45 le jour suivant, je dois me lever à 7h30 !

– Y’a-t-il des gens qui vivent comme moi ? Sont-ils autant perdus ? Et depuis quand et combien de temps vivent-ils dans cette perpétuelle souffrance, conscients d’être arrachés du monde ? Comment font-ils pour rester dans cet agonisant éloignement ? Ont-ils déjà connu le bonheur ?

– Je sens l’emprise des rapides mouvements de transitions, des hauts vertigineux aux bas souterrains, qui me rendent malade et me donnent mal au cœur ; comme sous l’effet du chaud et froid ; chocs et dépressions.

– Mieux vaut s’en tenir à de simples plaisirs aussi stables que possible dans la vie ! Mais quand une tornade vous prend dans son tourbillon, vous avez beau vous accrochez, il devient impossible de résister à son souffle, elle vous soulève dans les cieux depuis un endroit, et vous laisse retomber à un autre, dépouillé de tout.

– Je suis bel et bien devenu une bête, on pourrait me mettre dans une cage et me jeter des cacahouètes, je trouverai ça normal ! J’appartiendrais à un vieil homme qui aurait trouvé le premier spécimen du genre : un humain singe ! Il me promènerait sur les trottoirs des villes, et moi je resterais blotti dans mon lit au fond de cette cage.

– Bon, soyons raisonnables : suis-je fou parce que je le pense vraiment ?

(53) Mercredi 5 mars 2014

22h21 – Mal, mal, mal… J’ai appelé pôle emploi à midi pour leur dire que j’avais un entretien d’embauche demain à la même heure ! Maintenant il faut que je leur envoi un courrier le justifiant ! C’est malin !

– Je n’ai toujours aucune volonté pour faire quoique ce soit et je me nourris mal.

(54) jeudi 6 mars 2014

20h01 – ça y est, j’ai eu un mal fou, mais je l’ai fait ce courrier ! Il ne manque plus qu’à l’imprimer et le poster, ou non j’irai le mettre directement dans la boite de pôle emploi… J’espère qu’ils ne vont pas me causer de problèmes, sinon plus d’indemnités, et là je serai vraiment à la rue ; plus rien, clochard !

C’est d’ailleurs une situation qui m’a toujours traversé l’esprit que celle d’être un vrai clochard un jour : un rebut de la société. Mais je ne me doutais pas encore qu’on pouvait aussi en arriver là simplement par ses propres vices et faiblesses.

– Je n’ai plus d’honneur, plus d’estime de moi, je me sens vieux, faible et fini. Voilà le résultat de ma vie ; une parmi tant d’autres et c’est de la mienne dont je parle. Pourtant, je pensais être né sous une bonne étoile, comme on dit, mais je l’ai sûrement trop vite consumé et elle à dû s’éteindre, ou me quitter avant de mourir, à force de dénis de ma part. Ou bien est-elle toujours là, assument sa part de responsabilité, mais loin, très loin de moi, afin de se régénérer de la lumière que je lui ai volé !

Ma sœur me dit : – tu t’en sortiras !

Mais moi je n’y crois pas, mon esprit a prit un sacré virage un jour de nuit, il a fait une sortie de route, m’emportant avec lui, et maintenant je ne peux plus bouger, je suis cassé de partout !

« A force de frôler les trottoirs à mobylette la tête en l’air, on finit par tomber dans un caniveau ! » Bref…

– Vais-je dont réussir à avoir la force de me révolter un jour contre cet esprit qui m’obsède, et ainsi arrêter de culpabiliser sans aucune objectivité ni équité envers moi-même ?

Si la force me tombe du ciel, peut-être que oui. Touches-moi force, touches-moi force, touches-moi force… Et là, tout me paraitra clair et limpide ; j’en serai détaché.

– Suis-je prêt à mourir ? Mon corps a-t-il déjà assez vécu ? Ais-je déjà vu ce que j’avais à voir ? N’est-ce pas un appel au retour que je perçois ? Pourquoi ne pas y répondre et ainsi quitter à jamais les plaisirs de ma chair ? Ais-je peur de me tromper ? Ais-je eu tant de mal à naitre qu’il m’en coute autant de mourir ; de n’être pas ?

– La nature, mes mères, mes pères, ont voulu que je sois. Et je suis un, dans la nature, en bout de chaîne, avec ma conception et mon entendement.

– Réalisant cela je devrais sortir et vivre ma vie au grand jour ! M’amuser de tout, me distraire, rire, chanter, communiquer, m’intéresser, marcher et profiter du soleil tant qu’il brille ! Mais hélas, je me sentirais comme un fou, ahuri, avec la tête pivotant de tous les cotés.

– Je n’ai pas vraiment une tête de quelqu’un de normal quand je flâne en ville, du moins c’est-ce que je ressens. Je dirai même plutôt inquiétante ma bobine. Je me vois comme un vicelard qui cherche toujours quelque chose à chaparder. Ou alors je me surprends à regarder les cadres et non les photos ! Si on me parle, je vais commencer à écouter le début puis à regarder les oreilles sans plus rien entendre.

– Il y a quelques années, je prenais note de tout, je faisais même les croquis des monuments que je visitais sur mon calepin, je prenais des photos aussi. J’avais toujours sur moi tout un tas de trucs, comme une lampe torche, une boussole, des pansements, du désinfectant au cas où quelqu’un se blesse.

Je cherchais quelque chose de caché et de secret dans l’architecture de la ville. Je sortais à toute heure sans aucune gêne, j’admirais, et j’en tirais du plaisir. J’étais seul et n’avais besoin de personne. Je faisais rire les gens, j’étais pertinent et cocasse, avec un brin de lubricité.

– Je connais les rues, les boutiques, les vieux pompeux ou sûr de tout, les jeunes parfaits et désinvoltes, les conférences, les discutions, le calme des églises, les musés, les théâtres, les bars, les restaurants, les concerts, les boites de nuit, les fêtes, la froideur de la bibliothèque, les expos de ceci de cela, et je n’ai jamais rien eu à voir avec les associations.

– Ce qui s’offre à moi sans rien me demander c’est le silence des choses, qu’hélas je ne ressens plus ; comme le ciel et les arbres donnent la paix et le repos qui me manque tant.

1h17 – Le chat miaule à la porte. Ce n’est pas souvent qu’il vient la nuit, le voilà déjà sur mon lit. Je ne dormirai peut-être pas seul. Je mange du chocolat. Demain je jouerai quelques petites courses.

– Il faut que je fasse attention à ne pas manger toute la plaquette de chocolat ! Voilà, la moitié et je remballe.

2h27 couché.

(55) Vendredi 7 mars 2014

00h06 – J’ai vu ma psy, on n’a pas parlé de ce qui était prévu la semaine dernière. Peut-être a-t-elle ressentie ma réticence à soulever les choses du passé. On a plutôt parlé de ce que j’écrivais. Je dois la revoir dans deux semaines et apporter toutes mes idées négatives sur du papier. Moi, pendant l’entretien, je lui parlais, et je regardais le cadran digital poussiéreux du téléphone posé sur le bureau entre elle et moi.

« L’attachement est une fuite et c’est la fuite qui renforce l’attachement »

– La fuite du vide qui est en moi et comme en chacun de nous. Le bien-être, le calme et le repos s’acquière par la tranquillité de l’esprit. L’esprit doit se libérer de toutes ses enclaves s’il veut mettre fin à sa souffrance. Il doit s’acquitté au quotidien de toutes ses taches à l’instant même avec l’aide de son corps. Il doit se soumettre à ses propres besoins, sinon il meurt. Il peut mourir dans le sens de la faiblesse qu’il hérite du manque de courage, venant d’une différente perception, venant d’une défaillance cérébrale ou d’un autre ordre de pensée. Quelque soit sa forme, il doit l’assumer et ainsi admettre son existence.

(56) Samedi 8 mars 2014

21h03 – J’en ai assez de ce monde, je n’y trouve plus mon compte ! Mon esprit n’est pas tranquille. Je vie ma solitude comme un châtiment !

– Le samedi après-midi les gens sortent pour acheter. Dans ma ville il n’y a que des magasins, ça pue le fric, moi je n’ai pas un sou et je ne connais plus personne ! Je ne suis vraiment pas à ma place ici, je suis devenu quelqu’un d’autre. Je suis devenu celui qui me regardait jadis avec envie, les yeux engouffrées dans le tourment de sa propre vie déchu.

– Je me rappel du rêve que j’ai fais la nuit dernière. En résumé, j’étais dans un appartement avec deux amis, et je ne sais pas comment nous avions trouvés la façon d’invoquer les esprits. Alors nous nous sommes dits : essayons ! Et en effet ça a marché, j’ai commencé par perdre la raison, à ne plus rien voir, mon corps se tordait dans tous les sens, et à sentir ma tête aspiré et mon crane se dilater. Comme si j’étais sous l’effet d’une drogue. Cela ne dura que quelques secondes à mon sens. La lumière de la pièce s’éteignait toute seule et je la rallumais (bizarrement l’interrupteur était comme celui de chez moi). Un de mes amis était debout, face plaquée contre le mur de tout son corps, l’autre était assit sur le rebord du fauteuil et avait l’air de chercher quelque chose entre ses mains ou parterre, je ne sais pas très bien. Puis je me rappel leur avoir dit, d’une joie époumonée et tout en affirment que l’expérience avait marché, de quitter cette pièce et d’aller dehors. Je pensais qu’ils me suivaient, mais je me suis retrouvé assis dans un petit parc à les attendre, avec d’autres personnes qui discutaient entre elles, J’essayais de rassembler mes idées sous l’effet du choc et reprendre raison. Pour le reste, je ne m’en souviens pas très bien. Je crois que l’on s’est appelé par téléphone portable et que l’un de mes amis ne voulait pas sortir sans faire venir un taxi…

Je garde encore la sensation de ce rêve comme le début d’un malaise ; un évanouissement qui n’en finit pas de s’amorcer ; une perte de conscience constante.

– Je courais dans les champs toute la journée quand j’étais petit pendant les vacances d’été. Je me revois encore avec mon lance-pierre en bois d’olivier et mes cousins, essayant de dégommer des oiseaux, sans jamais en avoir eu un seul. A cette époque le monde ne me demandait rien, et quand on est petit, le monde, c’est nos chers parents. Je pensais que rien ne changerait vraiment. Quelques années plus tard, je me disais que je mourais bien assez tôt pour ne pas avoir à affronter l’implacable réalité de la dureté des choses de la vie ; les responsabilités. Mais le destin n’en a pas voulu ainsi, il m’a laissé en proie à l’acharnement.

Pendant un temps je me disais :

– ce n’est pas le monde qui change, c’est toi.

Maintenant je me dis :

– le monde change et tu ne le suis pas.

– A une époque, avec ma petite bande de copain, on faisait du vélo, on jouait aux billes, on s’amusait à grimper aux arbres dans les terrains vagues, on faisait des cabanes sur le trottoir, on jouait au ballon, on allait dans les bâtiments en construction, on aplatissait des champs d’orties en roulant dans des grands cartons, tels des chars d’asseaux. Chaque jour était une nouvelle joie de sortir ! Sauf pour aller à l’école bien sûr !

Puis tout change, tout se complique, tout s’enchevêtre ; des particules se collent au corps et créent des enveloppes, des carapaces existentielles. Le poids des problèmes s’accumule, la fatigue se fait ressentir, la pression est constante ; une lutte s’impose…

– Aujourd’hui je suis passé à l’assurance voiture donner le chèque que ma sœur m’avait laissé la veille. En me garant à quelques mètres, je fis quelques pas sur le trottoir. Une jeune clocharde était assise sur des marches, une canette de bière à la main et un œil au beurre noir, je crois. Nos regards se sont croisés et détournés. L’assurance était fermée. Revenant sur mes pas, je ne l’ai pas regardé, restant la tête droite. Elle devait avoir de sérieux problèmes, et les oubliait dans l’alcool.

N’était-elle pas digne de quelques mots de ma part ? Que lui aurais-je dit ? Avait-elle besoin d’aide, de quelque chose ? D’une bière sûrement ! Ou alors elle m’aurait envoyé balader tout simplement.

– Je ne suis pas clair avec moi-même et il m’est donc difficile d’être clair avec les autres.

4h29 ! Impossible de dormir !

– Vendredi, mon ex m’a appelé pour me proposé de courir avec elle ce week-end. Elle travaille le samedi, on ne s’est pas appelé aujourd’hui samedi, et on n’a rien fixé comme horaire la veille. Comme d’habitude, c’est toujours vague avec elle. Malgré lui avoir précisé mots pour mots :

– j’aime bien courir en fin de matinée.

Vu l’heure qu’il est, ça va être dur, si c’est pour aujourd’hui ! En plus je n’ai même pas un bas de jogging. De toute façon, peut-être qu’elle ne rappellera pas, elle est comme ça.

– Je n’ai pas bien mangé, et je crois que j’ai faim maintenant ! Je ne vais pas me faire des œufs aux plats quand même ! Voilà, une tartine de pain grillé avec du beurre, et une autre avec deux tranches de fromage.

– Je sens que mes genoux sont rouillés à force de ne pas faire d’efforts physiques, ne serait-ce que de marcher. Ma carcasse commence à être dans un sale état, et c’est qu’un début !

– J’entends une sirène au loin, mais c’est dans ma tête.

(57) Dimanche 9 mars 2014

19h16 – En plus de tous mes problèmes personnels, voilà que je suis malade maintenant. Mal de gorge, nez qui coule, j’ai dû attraper froid. C’est dingue ! Pour le peu de fois que je sors ! Cela ne m’évite pas de fumer comme un pompier, je suis inconscient. Il n’est pas tard, j’ai dormi un peu en fin d’après-midi et j’ai un petit mal de crâne.

– J’en ai plus qu’assez de cette situation, c’est vraiment devenu insupportable ce mal être quotidien. Encore une fois seul avec l’incessant cliquetis du radiateur et sans nul part où aller ni personne à voir ; je n’en ai pas la force ni l’envie de toutes façons. Mon lit est mon seul repos, quand j’arrive à dormir bien sûr.

– Dans quel état je sortirai de cette grande tornade qui m’envahit tout entier depuis des mois ? Si j’en sors ! Tout se mélange dans ma tête, je ne contrôle plus rien. J’ai pris l’habitude de vivre dans la crasse et l’abandon. J’écris ces quelques lignes sans grande conviction, j’aimerais parler d’autre chose mais je n’y arrive pas.

A quoi bon répéter toujours les mêmes refrains ? Je n’ai même plus envie d’écrire…

(58) Lundi 10 mars 2014

– Je me plonge dans ce qui ne fut pas, en rêvant de ce qui aurait put être. Il me faut renouer des liens avec le présent, mais j’ai tant perdu, qu’il m’est difficile d’espérer.

(59) Mardi 11 mars 2014

Bilan : pas de bilan.

(60) Vendredi 14 mars 2014

1h07 – J’ai passé toute la journée avec mon beauf. Je l’ai regardé jouer avec ça pelleteuse à faire des trous, des tas, à déplacer des pierres, à remplir les trous avec les pierres, à les reboucher avec la terre, aplanir, aplatir, transporter, creuser, marche avant, marche arrière… On dirait qu’une montagne a explosé dans son jardin !

On a déjeuné ensemble une cote de porc au vin rouge avec des pâtes et diner ensemble aussi ; un rosbif avec des frites maison. J’ai bu pas mal de vin : trois verres ballon de rosé en apéro et peut-être deux ou trois rouge au repas. On a parié sur le match de foot aussi, ça ajoutait plus de piquant et moi ça m’a plut ; il est sympa mon bof.

(61) Lundi 17 mars 2014

7h31 – Ce week-end j’ai réussi à faire un peu de ménage ; aspirateur, rangement. Mon frigo est vide et je n’ai plus d’argent. Ma sœur devrait venir me chercher pour aller faire des courses, je stress. Je me vois mal déambuler avec elle dans les rayons d’un grand magasin.

Paul était mal à l’aise, il aurait préféré que sa sœur lui donne de l’argent pour finir le mois. Il fallait mettre de l’essence dans la voiture, et en avoir un peut, ne serait-ce que pour acheter du tabac. On ne lui proposait plus rien, sauf de quitter sa maison et d’aller habiter avec eux, et pour Paul, cela signifiait d’être ainsi sur place pour aider aux travaux de la maison. Paul pensait qu’on voulait se servir de lui et que sa vie serait mise de coté encore une fois. Mais ne se trompait-il pas ?

Sa sœur et son bof ne l’aimaient-il pas tout simplement ? Apparemment, ils aidaient Paul tant qu’ils le pouvaient, et lui, ne pouvant bouger le petit doigt, malgré lui, et pour ne pas en ajouter à sa peine, se disait que c’était par intérêt. Ainsi il diminuait la souffrance de la culpabilité que cette sollicitude engendrait quand il restait chez lui à ne rien faire, figé, paralysé. Beaucoup de choses auraient pu expliquer son agissement, cette forme d’égoïsme notoire. Mais Paul n’entrevoyait pas la même réalité, il se sentait coupé du monde. Quelque chose d’incontrôlable avait établit en lui d’autres connections cérébrales, une autre logique, et plus rien ne le guidait ; ni l’amour, ni la foi, ni lui-même.

Devait-on lui en vouloir et le laisser seul croupir sans aucune autre solution ? N’avait-il pas des circonstances atténuantes, lui qui paraissait si bon autre fois ? N’était-il pas malade ? Sa sœur et son bof l’aimait, et Paul essayait de se voir avec leurs yeux et leurs pensées, afin de trouver un moyen de s’aimer lui-même.

2h20 – Je ne m’endors pas, je me relève et fume une cigarette. Demain je vais aider ma sœur à ratisser des cailloux, mon bof n’est pas là. Je ne suis pas allé faire les courses, ma sœur m’a fait le plein, et ma donné un chèque pour payer mon loyer et même un peu d’argent pour mettre de l’essence. Elle est venue m’apporter tout ça à la maison.

(62) Mardi 18 mars 2014

Ô tendre maman !

Enclave de mes profonds sentiments.

Qu’as-tu eu de si précieux à m’offrir,

En ces temps de joie où la vie te faisait reine ?

Et pour un moment, si ce n’est la peine,

En la raison devenue mienne,

Que ne s’achève tous ces tourments.

Âme savante, âme souffrante,

Tourne ton regard au firmament,

Et peut-être verras-tu éclore,

L’étoile qui en ces lieux te porte.

Jusqu’à là, tout va bien.

Puis la combinaison se met en branle,

Ainsi le destin se fige et rien ne va plus.

Tout tourne, l’inertie s’active, confondant nos voies,

Jusqu’à les croiser en un point culminant,

Celui de ce corps qu’il m’est donné.

Beau et plein d’allant,

Au regret de tous les damnés des profonds océans.

(63) Mercredi 19 mars 2014

Paul reçu un deuxième rdv à pôle emploi pour le lundi suivant, cette fois-ci il n’en réchapperait pas. Il n’avait rien fait, rien préparé, pas de CV, pas de justificatifs de recherches… Qu’allait-il dire ? Il fallait penser à tout ça, et Paul n’avait que quelques jours ; ajoutant encore un peu plus d’angoisse et augmentant la pression qui pesait déjà sur lui.

Paul déposa le chèque à la banque et fila chez sa sœur comme prévu. Il arriva un peu avant midi, sa sœur lui expliqua jusqu’où amener les gravillons puis retourna dans son bureau. Paul ratissa en ruminant sur son passé pendant une heure, avec une pause cigarette à la demi. Il y avait bien longtemps qu’il n’avait pas transpiré. Puis il se retrouva avec sa sœur, mangea vers 14h30, siesta jusqu’à 16h30, ratissa encore une demi heure et abandonna. Il alla voir sa sœur pour lui dire qu’il était fatigué et qu’il arrêtait pour le moment. Puis alla s’allonger dans le lit à nouveau. Peu de temps après vers 18h00 sa sœur vint lui proposer du pain perdu qu’elle avait préparé. Après se petit gouté, Paul retourna au lit et sa sœur dans son bureau. Au diner ils regardèrent attentivement un reportage sur la maladie des bipolaires suivit de celle des schizophrènes. Puis Paul rentra.

(64) Jeudi 20 mars 2014

20h13 – Demain c’est le printemps, et cela ne me fait ni chaud ni froid.

(65) Samedi 22 mars 2014

Mort imminente, prends-moi,

Ne me laisse pas comme ça.

Je souffre et ma vie est inutile,

Je suis un parasite, et la chair me fait défaut.

Qu’attends-tu de moi ?

D’où vient le coup de grâce, de toi, de moi ?

Je ne veux pas vraiment mourir, mais à quoi bon rester là ?

Je n’arrive pas à passer au dessus de ce mal-être,

Je suis confiné dans mon sentiment de perte.

Seul et sans espoir,

Je suis déjà dans tes bras libérateurs.

Je sais comment la vie peut être belle,

Et comment elle peut être noire.

La vie donne tout, et la mort ne reprend que l’essentiel.

Alors accueil ma demande.

(66) Dimanche 23 mars 2014

– Oui ! Oui ! J’ai les cinq numéros dans l’ordre et ça devrait payer !

Paul resta calme jusqu’au tirage de la photo.

– Oui ! La photo est validée ! J’ai le pactole !

Mais bizarrement, après enquête, un numéro fut rétrogradé en sixième position et un autre fut disqualifié pour mauvaise allure. Paul n’en croyait pas ses yeux, et en conclu que cela ne pouvait être qu’une arnaque. Et en même temps, la vision de tous ces vieux, dans les bars-tabacs, aux mines grisonnantes et creusées par tant d’années de jeux sans jamais rien gagner de conséquent. Des pauvres gens exploités et affaiblis par le jeu d’argent et la déception quotidienne du perdant.

– Dans les courses d’attelés, il y a toujours des problèmes d’allures, ce qui permet de modifier l’arrivée avec un ralenti douteux, en prétextant que les foulés du cheval, dans les dernier mètres, n’étaient pas règlementaires ! Et dans les courses de plat, ils s’arrangent tous pour arriver en même temps sur la ligne d’arrivée, puis on vous explique l’ordre avec une photo, haha ! Trop facile !

Attention: Pour le dernier jour du journal 66 il vous faudra entrer le code de la formule cérébrale comprise et ainsi intégrée dans la lecture des 65 jours.

Suite et fin du Journal 66 ici

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