Journal 66 suite

(3) JOUR 3

(4) JOUR 4

Ce matin c’est de pire en pire ! Je me réveil avec le sentiment d’être perdu !

Je me bats avec le temps. Les jours sont de plus en plus longs. Et l’angoisse de ne plus être aimé par le dernier être sur terre me terrorise ! Je suis seul.

D’un jet de regard plein de soumission, au travers de la fenêtre, l’image calme verte-bleue et beige d’une journée de plus qui ne m’appartiendra pas, et qui me nargue de toute sa volupté ; cette sagesse de la nature que malheureusement je ne sais plus apprécier.

Toute mon enfance je me suis senti différent, plus ou moins intensément coupé du monde, et ce, jusqu’à aujourd’hui. Je me disais : La Vie est une expérience ! A la vie à la mort quel sera mon essor ! Je suis passé par bien des péripéties, refusant tout ce qui paraissait normal au commun des mortels. Mes plus proches amis ont toujours été des gens à problèmes, les autres ont fait leur chemin. Tout comme mes compagnes de cœur, pourtant si chères à mes yeux.

La lumière du jour projette l’ombre du toit surplombant le mur beige, et dessine une bouche grande ouverte prête à m’engloutir. Sous cette ombre repose, contre le mur, un grand tableau en bois usé par la pluie, dans l’attente de servir une œuvre ; mon œuvre !

J’ai toujours été du genre à avoir une foule d’idées géniales dans la tête, à accumuler plein d’objets comme les pièces d’un puzzle dans l’optique d’une œuvre monumentale et révélatrice de ma vie ; de La Vie ! Sans jamais rien réaliser jusqu’au bout. Comme un désir rêvé qui, n’aboutissant pas, se transforme, aujourd’hui, en un cauchemar qui me hante et me désole, nuit et jour.

Toute mise en pratique, tout travail, toute rigueur m’épuise à l’avance. Je n’ai avancé que sur très peu de choses, et sur moi-même aussi. Et un beau jour, l’effroyable sensation d’être médiocre, la culpabilité de n’avoir rien fait de concret, enfonce le clou jusqu’à paralyser tout moyen de réalisation. La défaite est amère. Serait-ce l’échec d’une vie dont je parle ? La mienne !

A l’instant où j’écris ces lignes, je n’ai qu’une envie, c’est de plonger dans mon canapé. Là, je commencerais par apprécier le plaisir et l’apaisement d’être allongé, puis quelques instants après, la contrariété de ne rien faire encore une fois.

Combien de jours me reste t-il à vivre ? Combien de temps cela va-t-il durer ? Pour combien de temps encore suis-je prisonnier de ma condition ? Quand serais-je libéré ? Suis-je incarcéré à vie ? A quand mon exécution ?

… Il n’y a aucun grand mystère. Si ce n’est ce que l’on se cache depuis bien trop longtemps.

Il est simple d’aimer. Il est simple de regarder son semblable avec compassion.

Cela réside en nous. Car c’est le reflet de notre véritable nature, de notre véritable fonctionnement en harmonie du corps et de l’esprit. Le pardon est compréhension et délivrance, le contraire est négation et ignorance.

Commençons par bannir toutes pensées néfastes à notre état commun de bien être continuelle. Jusqu’à anéantir toutes particules de pensées négatives. D’abord sur nous-mêmes, puis sur nos semblables entrainant toute chose à la manière d’une introspection en se posant les véritables questions essentielles à l’état de joie constante…

(5) Quelques jours plus tard…

Midi, un peu près toute la vaisselle entassée dans l’évier. Je sors j’ai besoin de provisions et d’une bouteille de Vodka ! L’alcool ça me rend plus léger et je fini par me foutre de tout. Il n’y a plus de problèmes vraiment, que des solutions floues mais curieusement acceptables. Un petit tour d’horizon sur l’I-phone histoire d’avaler mon café avec une cigarette.

Toujours pareil sur Facebook, l’un a fait ceci l’autre a pris une photo de cela ; hum… vraiment très éloquent ! Oui curieux, intéressant, mais quelle info ! Je suis vraiment contant pour toi ; quoi ? Un état d’âme, une publication sur le mur, une devinette, mais qui cela concerne ? Cette personne me fascine, vraiment intéressant, j’aime, je partage, je publie…blablabla…

Une nouvelle journée commence et elle a le goût effrayant du déjà-vu ! Une douche, vite, une douche bien chaude ! Ça me donne encore du plaisir aujourd’hui, mais demain ? Mes neurones sont encore en place en ce moment. Pas trop de dégoût, ni de lassitude, le profond sentiment déstabilisant de n’être rien d’évocateur ou d’inutile en ce monde, ne m’assaille pas à cette heure. Peut-être qu’une routine non conflictuelle commence à s’installer en moi…

Je déambule, je déambule dans cette petite maison. Les jambes flageolantes, je fais les cent pas en trois enjambés ! Le temps s’est arrêté, comme figé dans l’attente d’un événement qui lui ferait reprendre son cours. En attendant cet instant salutaire, des pressions se forment et interagissent dans mon espace crânien, créant un tourment, un tourbillon d’angoisses ! Des tiges de pensées naissent et se dressent contre ces pressions venteuses. Elles se dressent, se tordent, volent et se plient aussi, non pas pour faire affront à ce tumulte, mais parce qu’elles poussent dans leur milieu naturel et sortent de terre ; de mon humus cérébral. Mon âme s’imprègne et mémorise tous ces mouvements puis garde en secret…

La nuit tombe dehors mais je ne ressens rien.

Je m’assoie, je mange. Dingue ! Un œuf au plat, un steak haché 20%, une courgette sautée, sel, poivre, basilic, persil, ail. J’écoute Fip et là c’est le flash info qui dit qu’il y a encore des gens qui arrivent à se lever du lit avec une idée en tête ! Un truc à faire qui motive la journée, et parce que c’est dimanche aussi, on est moins supposé travailler. Tandis que je regarde égoïstement mon plafond blanc sans pouvoir bouger, enfoncé comme une pierre dans mon canapé continuellement déplié, avec des idées passant de la plus sordide à la plus sage.

Ma présence est spirituel, au mieux ! Je ne fais pas parti de ceux qui s’assemblent pour parlementer et trancher des lois, sous le prétexte de maintenir la sécurité et l’égalité pour tous qui, sommes toutes, avilissent, conditionnent et emprisonnent, édifiant ainsi des cages dorées offrant confort, chauffage, voiture, métro boulot dodo et tout le verni des tralalas…

Pauvres stupides besogneux que nous sommes ! Gardiens de nos bourreaux ! Tout cela n’est que confusion et discorde, la marque emblématique de notre stupidité. Les lois ne sont jamais les mêmes, elles ne sont ni justes ni neutres, et sont faites pour être contournées, nous forçant à la ruse et à la mauvaise action pour mieux régner par ailleurs, anéantissant notre intégrité ; notre vraie nature. Et enfin, parce que nous voulons survivre ; elles servent ceux qui savent les manipuler pour leurs propres intérêts, et tout cela sans aucune vergogne.

Cette société est ma société, et dans le tourment, et dans l’affaiblissement, je suis devenu comme eux ; prêt à toutes déchéances ! Des idées malfaisantes flottent dans l’air et imprègnent mon esprit en m’accaparant totalement ! Mais le plus grave, c’est de constater que je n’aie jamais appris à aimer !

Et puis comment vivre en société (dans une ville) si je n’en connais pas les lois qui la gouverne, ou juste une infime partie, car trop nombreuses et volontairement difficiles à assimiler ?

Prenant conscience de son origine, cette société formée à la longue par l’exploitation sanglante de l’homme par l’homme irresponsable ; cette division de terre où reposent si gentiment mes pieds nus d’enfant resté inconscient; ces bains de sang de populations entières mis à l’épreuve à l’aide de pauvres affamés hypnotisés par de séniles convictions politiques, donnant le pouvoir à une poignée d’escrocs meurtriers ; cette terre aux transformations superficielles, multiples et complexes, des matières premières, aujourd’hui transitant facilement de par le monde, et rien que pour la gloire stupide de quelques uns, appauvrissant des régions entières, spéculant sur du vent pour ceci ou pour cela sur le dos des malchanceux affaiblis par ce système séculaire ! Sommes-nous des animaux ? Ne sommes nous pas doté d’intelligence ? Et si oui, quelle est l’utilisation que nous en faisons ?

Toute l’agitation vient de notre histoire ; notre affreux passé ! De la conquête des territoires par la force et la cruauté, et jusqu’à aujourd’hui, principalement ; le contrôle de l’alimentaire et en même temps de notre liberté ; des céréales ; de toutes les richesses naturelles convoitées, acheminées, volontairement mal distribuées ; des sciences de la vie égoïstement tenues secrètes ; des minerais, de la fabrication, du conditionnement ; du progrès ; des machines à transformer, créer, construire, développer… Et toujours, en massacrant, sans partage, sans conscience.

Sommes nous voués à souffrir et à craindre notre prochain jusqu’à la fin des temps ? Sommes-nous si lâches pour reporter tout le poids de nos responsabilités sur le dos de nos enfants et des leurs ? Somme-nous si faible et si peu intelligent pour subir cela encore longtemps ? Ne pouvons-nous pas dire NON une fois pour toutes et arrêter d’alimenter cette infâme organisation diabolique ? N’y a-t-il pas un remède ? Voulons-nous vraiment prendre soin de nous ? Sommes-nous conscient de notre propre maladie ; de nos défauts ; de notre entêtement ?

Ne pouvons-nous pas enrailler la machine à soumission, cesser d’acheter et de créer du superflu, tout en restant véritablement digne, au sein d’un environnement que chacun maitrise à travers sa propre conscience éclairée ? En commençant par soi même, pourquoi ne pas éduquer nos propres enfants en leur apprenant à éviter le simple piège de succomber à la propagande commerciale qui titille les plus bas degrés de nos sens en attisant bêtement notre désir de reconnaissance et d’appartenance naturel, et en faire une valeur première essentielle à une vie saine, durable, évolutive dans le bon sens et fondamentalement heureuse ; au lieu de les rendre aussi aveugle que nous en leur enseignent la joie et la félicité fondé sur la désinvolture ; l’ignorance si bien exploité par cette machiavélique machination ?

Les religions et les dogmes se sont immiscés dans l’esprit et le cœur de nos ancêtres et aujourd’hui c’est au tour de notre corps d’être dépendant.

A mon échelle, ne suis-je bon qu’à aller chercher ma baguette de pain comme un clampin qui a pris en défaut le vrai chemin de vie moral à force d’images et de calculs absurdes ?

Le cœur arraché à la main, hébété, amoureux ou désireux d’un certain refrain quotidien ; une danse mécanique trop bien huilée, implantée, s’associant malencontreusement à la raison d’être.

Me ravitailler ainsi, avec lassitude et ennui comme un demi esclave, une fourmi à moitié endormit par le froid de l’austérité social, voulant se donner des allures d’aigle royal pour ne pas tomber en pleurs, prêt à fustiger au nom d’une parcelle ; ces lambeaux de lois auxquelles s’accrochent de force toute conviction ou connaissance ordonnatrice.

La télé, les infos ne m’intéresses pas, tout cela ce passe trop loin de moi et ne m’anime pas ; c’est devenu de la propagande. Tant que je suis en sécurité chez moi et jusqu’à la prochaine guerre sanglante qui fera le ménage dans tous les foyers !

Faut-il garder un œil aux aguets ? Moi simple pacifiste, damné, torturé, perdu dans des méandres cérébraux ?

Je veux vivre seul et être aimé, revenir aux campagnes et aux poulaillers.

Commence par toi et sois en accord avec l’ultime !

Une fois toutes vos pensées aux répercutions toxiques bannies, une sensation réelle de bien être pur vous emplira tout le corps. Et toute chose prendra un sens. Votre esprit sera clair et limpide et votre corps reposé calme et constant.

A ce moment là tout deviendra possible. Rien ne pourra vous détourner de votre but. Car vous aurez atteint la connaissance ultime de chaque Élément au travers de votre corps, du tout, avec le tout, parmi le tout et en tout.

Ces couches de « tout » sont nécessaires à former une enveloppe, une coquille solide et hermétique à toutes pensées extérieurs néfastes à cet état. Toxiques à l’avènement du sens pur. Le sens de la connaissance. La relation directe avec le corps. Le sixième sens !…

(6) Pas mal de jours plus tard

Après une nuit d’angoisses et de tueries, Paul finit par se lever. Il écarta les multiples couvertures du lit d’un geste vif du bras droit. Puis en hésitant, il alluma la petite lampe de bureau à coté de lui. En position assise, il rampa sur les fesses en s’aidant des deux mains pour atteindre le bout de son lit. Là il n’avait plus qu’à descendre les quelques marches qui le séparaient du sol. Il ne faisait pas bien chaud au sortir du cocon. Une fois sur le carrelage les pieds nus, Paul sauta vite dans son bas de jogging et enfila un sweat par-dessus son tee-shirt, des chaussettes, des chaussons. Il ouvrit la porte de la chambre et jugea de part la lumière du jour au travers des rideaux qu’il faisait beau dehors. Puis il se dit :

– Je dois me faire un café et fumer une cigarette ! Hier j’avais la ferme décision de rédiger la lettre recommandé de préavis pour déménager, mais aujourd’hui je ne crois pas que cela soit une sage décision. Trop de tracas, de stress et d’énergie à déployer. Je me suis encore laissé emporter par mes paroles hier, c’est tout !

Après avoir fait glisser le rideau et observé le vert des quelques arbres, Paul traina les chaussons jusqu’à la kitchenette afin de préparer son café. Il se retenait de pisser parce que le café urgeait plus. Au dessus des WC un jet commença à couler. Paul avait une technique : il opérait un système de petit balancier, les jambes un peu fléchies à la manière d’un sumo pour faciliter la purge totale. Tout en pensant :

– Je ne suis pas si mal ici, c’est calme et je peux dormir sans bruit ! C’est un peu exigu pour recevoir certes, mais je ne trouverais pas mieux. Et puis, je n’ai pas vraiment besoin de recevoir, en tout cas pas une bourgeoise ! Elle s’enfuirait ! A moins d’être complètement stone ! Elle s’en apercevrait le lendemain et prendrait une nouvelle fois ses jambes à son cou ! Mais cette fois-ci pour courir très loin !

En attendant que le café soit prêt, Paul se roula une cigarette.

– J’avais juste envie de changer d’endroit, de changer de vie ! Je me projetais déjà dans un univers plus prolifique. Mais la raison c’est que j’ai perdu contact avec mon chez moi et le mieux, c’est de me le réapproprier. Cela me coutera moins cher et me fera gagner du temps !

Puis en réfléchissant, buvant son café, fumant l’apaisement de sa cigarette, il se rappela qu’il avait fait une promesse la veille, et aussi, que cela pouvait valoir le coup d’essayer de contacter quelques agences.

– Dix heures quarante sept, je me rase, douche, et sorts. Cela me donnera un aperçu des offres et comme ça je ne me trimbalerais pas dans les rues sans rien avoir à faire.

A deux ou trois rues de chez lui, c’est-à-dire à deux cent mètres en direction du centre ville, Paul commença à relever le numéro de téléphone qui figurait sur une pancarte accrochée à la fenêtre d’un immeuble. Agence Untel A Louer 04 02 06… Le problème en centre ville c’est qu’il n’y a pas de place pour se garer, donc il lui fallait absolument trouver un appartement avec une place de parking. Premier problème qui entraine forcement un surcout de loyer. Paul sorti son téléphone portable dernier cri (qui ne lui appartenait pas) appela, exposa ses intentions, et comme il était déjà midi passé, son interlocuteur prit message en promettant que la personne préposée le recontactera.

Après cette action qui pour Paul était fastidieuse, il ressenti un léger mouvement de bien être intérieur : il avait appelé et on lui avait répondu. Mais se sentiment tourna vite en crainte… Marchant, un peu plus loin, une deuxième pancarte s’offrit à lui. C’était un appartement avec un balcon au premier étage juste à coté de la gare au dessus d’un bar tabac. Il appela, on lui demanda de noter la référence de l’annonce pour la donner lors du prochain contact téléphonique. Ce qu’il fit. En même temps, il nota l’adresse Internet prévoyant de faire des recherches à la terrasse de la brasserie où il irait manger un sandwich, afin de ne pas rester bêtement inactif à pédaler dans la semoule au milieu d’une foule toujours l’air occupée. Longeant quelques petites rues pour atteindre son point de restauration, Paul se disait qu’il avait fait son devoir, et que le soir venu, il n’aurait pas de regrets, à contrario, il aurait eu une raison supplémentaire de s’apitoyer sur son sort.

L’intelligence suprême.

C’est une sensation réelle, une sensation de joie qui jusqu’à lors n’avait pas été ressentie avec autant d’intensité pour moi. Constante et permanente. Calme et reposante, sereine et solide. L’éclosion soudaine de l’Œuf du Savoir enrobé jusqu’à lors dans sa coquille.

A quoi sert ce Savoir si l’utilité doit lui être imposée ?

Quel est cet outil ?

Qu’avons-nous fait jusqu’à maintenant ?

Qu’avons-nous produit ?

Et la réalité du monde apparaîtra d’une façon flagrante aux yeux de tous.

Une sensation de gâchis nous envahira. Comme une monumentale erreur commise ; l’ignorance d’un sens.

Cet outil, apparaîtra alors comme indispensable aux yeux de tous.

L’émergence de se sens rédempteur placé dans la vie d’aujourd’hui ne peut qu’être fondateur d’un avenir meilleur ; idéal, jusqu’aujourd’hui utopique.

N’était-ce pas un rêve?

Nos rêves, ne deviennent-ils pas un jour réalité?

Les idées, les pensées, les inventions, ne germent-elles pas dans les cerveaux de nos semblables avant d’être appliquées et portées à l’utilisation de tous ?

Cet outil sera formidable car il effacera toutes souffrances en chacun de nous par la compréhension du monde qui nous entour et dans lequel nous baignons, et ce, sans le nier, nous obligeant ainsi à réparation en trouvant instantanément la solution adéquate à chaque souffrance, avant toute chose, avant tout bonheur. Là nous auront trouvé le véritable sens de notre intelligence, nous faisant vivre ensemble dans la même direction. Tous tournés vers la noble cause. La compréhension de notre monde originel et de nos devoirs d’êtres humains.

Et chaque invention, chaque découverte, chaque nouvelle technologie, chaque avancée dans la connaissance de notre monde ne pourra qu’être bénéfique pour l’humanité. Prenant ses racines dans notre vraie nature ; celle de la compassion enracinées dans l’épanouissement de se nouveau sens découvert et utilisé par tous, devenu indispensable à la vie. Changeant radicalement notre façon de voir et de nous comporter. La mutation…

(7) Mardi 19 novembre 2013

J’ai joué et j’ai perdu. Je ne vois plus d’issue à ma vie. Serait-ce le journal d’un suicidaire ce que j’écris là ? Ai-je envie de me suicider ? Je me sens incapable d’entreprendre quoique ce soit. Un courrier, un papier, un document à renvoyer, un coup de fil à passer ; cela m’est impossible, je remets tout au lendemain. Et sans arrêt ce poids en moi, cette sensation d’être en dessous de tout. Je suis handicapé ! Bientôt je ne pourrais plus subvenir à mes besoins vitaux comme : me préparer à manger, faire un minimum de ménage, changer les draps du lit, laver mon linge… Pour ce qu’il en ait de reprendre un travail, cela je l’estime bien au-dessus de mes forces. Une formation ? Un bilan de compétence ? Une nouvelle direction pour ma vie ? C’est comme demander à un cul-de-jatte de se lever et marcher.

Le malheur s’est abattu sur moi comme une onde de choc. Il ne me lâche plus. Il est constamment sur mes talons. Je me sens menacé. Toutes mes chances sont à chaque fois gâchées. Plus rien ne peut plus me sauver. Je suis endommagé et je ne peux plus avancer.

(8) Dimanche 19 janvier 2014

Ni la raison, ni les sermons, ne traversent les cœurs rageurs.

Au-delà des tourments, aucun bonheur.

Ce n’est pas le moment, il faut atteindre l’instant d’après.

Tous veulent voir les yeux grands ouverts, mais les rêves sont à l’intérieur.

Sans aucune idée, l’être lâche se fait peur et coupe son envie à son cou.

Et le regret de ne pas avoir été s’enfuit.

Il coule ses jours comme des goutes en respirant l’air de sa prison.

A la chasse il ne peut plus y aller, il est trop vieux et s’en souci.

Jusqu’à la fin des jours, il s’attardera, pensera, mais ne résoudra pas.

A sa tête et sous sa prise, rien n’est lâché.

Tout est dur et rigide, une mole naissance vient de s’échouer.

(9) Lundi 20 janvier 2014

– Un matin, oui un matin ! Non un réveil !

Et pourquoi ? A quoi bon ? Aujourd’hui ou en ce moment, là maintenant et depuis toujours – à quoi bon ? Courir, se prélasser, assouvir ses désirs, s’occuper, parler, écouter, voir, sentir ou être aux aguets, manger, boire, dormir…La liste est longue ! Mais à quoi bon ? Je meurs dans l’envers du décor et le spectacle de la vie n’est plus pour moi maintenant que je succombe à ses mécanismes.

– Pourquoi maintenir cette chose si étrange appelée – LA VIE ! Peut-être et sûrement que pour certains cela a une grande importance, mais pour moi c’est devenu dérisoire et plein de conneries funestes.

Ainsi dans son lit, les yeux rivés au plafond blanc, Paul commençait à s’interroger sur ce phénomène que personne autour de lui ne rechignait à admettre comme acquis, puisque vivant.

– La peine et les malheurs font peur pour ce qui en est de la mort. Car c’est bien de la mort qu’il s’agit quand j’invoque la vie, non ? Ou bien vivre pour vivre dans la joie et non pas vivre pour mourir dans la souffrance ! Ou vivre dans la souffrance, ou… Je ne sais plus…

– Oui, tout le monde s’accorde à dire que la vie doit durer le plus longtemps possible et qu’elle doit être belle ! Le plus possible, le mieux possible, humblement, courageusement… Amour, bonheur, sourire, courtoisie – quelle connerie ! Mes entrailles me dégoutent, la vision du sang m’affole et mes excréments puent ! J’en passe et des détails. Mais pour autant, ma peau est si belle, mes yeux si magnifiques, mon corps tout entier vu de l’extérieur est si beau ! Si désirable pour moi, pour nous ; humains assoiffés, humains damnés !

– La culture de l’attachement et de l’affiliation sont des bons moyens pour me retenir de ne pas en finir avec la vie quand ça me chante. Puis, j’entends parler d’amour et tout ce qui draine les relations, les connaissances plus ou moins distantes.

Des milliers d’êtres meurent chaque jour et cela ne me touche pas ! D’autres parlent d’énergie collective : un lien invisible qui nous relirait tous. C’est peut-être là le début de ma souffrance, le témoignage de mes vices enfouis, définis par des secrets gardés, mes insatisfactions toujours à renouveler, ma propre hargne si bien justifiée qui me ronge en dedans un peu plus chaque jour ; annonciatrice de ma chute…

Bref, je ne m’attarderais pas sur se terrain ni sur aucune autre forme d’évitement théorique, philosophique, scientifique, ou que sais-je encore ! Tout cela n’est qu’endormissement et endoctrinement.

– Mais finalement, qu’est-ce que tout cela veut dire ? Il y a tant d’espèces sur terre qui disparaissent et d’autres en gestation ! Des millions d’années se sont écoulées jusqu’ici et d’autres sont à venir ! Ou bien la planète pourrait être heurtée par une immense masse d’un million de fois plus grande qu’elle ! C’est incroyable ! L’être humain a envahit la terre en une poignée de seconde et moi j’ai l’impression de disparaitre petit à petit depuis un million d’années ! Suis-je l’un des premiers d’une grande vague qui peut à peut, accélérant sont mouvement, avalera toute forme de vie terrienne ; humaine ?

D’autres sont morts avant moi et d’autres mourons après moi. Je n’ai pas conscience du fonctionnement de mon organisme, je suis infiniment petit. La mémoire me dicte ce que je suis au présent, et de part mon passé, tout ce que j’ai vécu. Mon retour aux sources est proche ! J’existe déjà ailleurs ! C’est une forme de bonheur, de soulagement, de consolation, d’éternité !

Paul devait sortir aujourd’hui pour acheter du tabac. La tête lourde et le souffle du vent froid frôlant la pointe de ses oreilles due à l’avancée de ses pas, lui donnais l’envie de reculer. Le ciel bleu limpide et les arbres jaunes déplumés le laissaient indifférent. Les trottoirs bien rangés, les maisons grillagées, les cries des parents rappelant leurs enfants à l’ordre ; tout cela le mettait mal à l’aise.

Sur son chemin, une dame d’une cinquantaine d’années, propre sur elle, lui demanda deux ou trois euros pour mettre de l’essence afin de rentrer chez elle. Paul lui répondit qu’il était dans la dèche aussi et qu’il ne pouvait pas lui donner de l’argent. D’un air offusqué, elle rétorqua qu’elle n’était pas dans la dèche mais que sa demande était due à un banal concours de circonstances. Sur le chemin du retour il la croisa sur le trottoir d’en face, elle lui fit un signe de la main suivi d’un large sourire. De toute évidence cette dame devait faire la manche, et comme Paul n’était pas connu en ville, elle s’était dit qu’il était un bon Saint Samaritain de passage ! Puis Paul regretta de ne pas avoir assez parlé avec elle. Après tout il ne connaissait personne. De plus, Paul a plutôt tendance à croire aux signes comme aux personnes qu’il croise sur son chemin et qui entrent en contacte avec lui pour une raison ou pour une autre. Même si cela est par pur intérêt, il s’en remet au destin. Pour lui, la raison est imperceptible, elle vient d’ailleurs. Ce qui peut faire de lui un être naïf ou facilement corruptible pourvu qu’il soit engagé dans une histoire ou une autre, parfois même jusqu’à ses dépends ! Et en y réfléchissant, cela lui donna un sentiment de regret.

Puis, après s’être égaré dans quelques petites rues il retrouva enfin le chemin de la maison.

Voici les raisons de la noble cause. Voici les raisons pour lesquelles il faut se comporter de façon juste tous ensembles, les uns avec les autres, et non pas par simple convention ou intérêt égoïste. Ensemble formant un tout, dans le tout, avec le tout, faisant partie du tout.

Pour que cela puisse se produire aujourd’hui, ici et maintenant, il est nécessaire que cette compréhension soit admise par tous ici et maintenant et en même temps. Ici et maintenant, par tous ou aucun. Partout, dans le tout, avec le tout faisant parti du tout.

L’effet de cette mutation sera comme une douce et langoureuse vague nous recouvrant de ses subtiles molécules. Elle nous imprégnera de toute part. Nous noyant dans le bonheur total. Les uns avec les autres dans le tout pour le tout avec le tout et parmi le tout…

(10) Mardi 21 janvier 2014

Paul avait passé tout l’après midi à jouer aux courses de chevaux à la télé à l’aide de son téléphone portable pour parier jusqu’à son dernier denier. En lui il se disait qu’il n’avait plus rien d’autre à espérer pour avoir de l’argent. Il ne se voyait pas du tout reprendre un travail.  Cela faisait quinze jours qu’il restait cloitré chez sa sœur, et avait en quelque sorte abandonné sa petite maison où il ne pouvait plus supporter de rester seul, assit sur son canapé à regarder sa fenêtre toute la journée, sans presque rien manger.

– j’en ai mare d’être là sans avoir aucune idée ! Comment me sortir de cette impasse où je me suis fourré ? Il y a sûrement un moyen ! Une magie ! Il suffit d’être opportuniste et de voir au delà des choses qui se présentent à moi ! Je dois trouver le moyen de contacter l’inconnu, ce qui se cache est forcement un trésor ! Il suffit de trouver le bon chemin. Etre alerte, éveillé, aux aguets, avoir les idées claires – oui ! Clairvoyant ! Intéresser ceux qui détiennent les richesses, les faire rêver – les manipuler !

Les yeux tournés vers le haut, sous ses paupières, Paul pensait que tout cela était sordide – fou ! Mais quelque part en lui, une force lui demandait d’y croire. Peut-être cette force démoniaque qu’il avait toujours cru avoir dans sa chair, et qu’il remettait sur le compte de son patrimoine génétique – ses ancêtres ; notre grande famille !

(11) Mercredi 22 janvier 2014

Encore une page, sujet de malheur,

Je la tourne, quelle horreur !

Déshonneur, infamie ! L’espoir ne fait plus rêver.

A quoi se raccrocher quand rien n’est suspendu ?

Tout est nuit, et rien ne scintille.

Y’a-t-il une ombre, un engin de la mort,

Qui traversant la galaxie, peut encore me sourire, m’épanouir ?

Regret de sagesse, profonde angoisse !

Où sont passé mes cauchemars, que je commence à rêver ?

Sont-ils morts tous ceux qui sont descendus et remontés ?

Et la crainte de ne plus voir, et les massacres déjà entamés,

Où sont-ils passés ?

En moi l’aventure de l’horizon s’est tut à tout jamais, je le sais.

Trêve de rencontres, à bas les nuages !

Le ciel s’en est allé, et la misère s’est dévoilée,

Un vent glacial recouvre les champs abandonnés.

(12) Jeudi 23 janvier 2014

Tien ! – Paul avait fait des choses aujourd’hui ! Il était sorti ! Par une pluie battante il avait pris la petite voiture.

– Je vais passer chez moi prendre tout ce qui me reste d’agent liquide soit 250€ puis le déposer à la banque et faire un transfère sur mon compte de pari afin de pouvoir jouer aux courses de chevaux ! Je devrais bien gagner un jour tout de même !

Arrivée devant chez lui il trouva une place pour se garer alors que le quartier en pleine journée est toujours saturé à cause de toutes les universités aux alentour. Il se gara en bas de sa rue, remarqua que les travaux de démolition de l’ancienne école militaire avaient commencés pour y construire la nouvelle préfecture. Un peu plus loin il vit qu’il y avait une autre place, juste devant la porte de chez lui. Après avoir pris l’argent et un document administratif dont il se foutait royalement, où des codes de connections y figuraient pour déclarer ses impôts sur Internet, Paul enfila une veste de pluie à capuche par-dessus sont cuir et fila à la banque.

– Ma banque c’est la poste ! Oui c’est une banque aussi la poste ! Mais c’est une banque où peu de riches y ont leurs comptes. On va dire que le service y est plutôt social. Ca reste l’état quoi ! On sait ce que tu trafic… Y’a que des crèves la faim ou des jeunes avec un compte bloqué, ou des vieux qui sont près de leur sous, et le plus souvent on y trouve ceux qui déconnent avec leur pognon – vous voyez ce que je veux dire : interdit bancaire ; rebut de la société…

Bref arrivée devant, c’était fermé ! Pas de chance, le seul jour de la semaine : le jeudi fermé entre midi et 14h15, et il était seulement 12h30 ! Donc Paul repris la voiture pour constater que les deux autres postes fermaient aussi le jeudi à peut près aux mêmes créneaux horaires. Il était encore trop tôt pour attendre l’ouverture, et il ne se voyait pas flâner dans les rues, ou même s’assoir quelque part pour boire tranquillement un thé ou un déca.

– Ce qui me rebute le plus c’est cette idée obsessionnelle de faire une rencontre, avec ma gueule que je n’arrive plus à saquer, mes sujets de conversations loufoques qui n’intéressent personne de la zone ; là où tous mangent ensemble pour ensuite vaquer à leurs occupations laborieuses, idiots, contents, satisfaits, heureux et cons, avec des bouches pleines de dents à ouvrir et à fermer comme une obligation. Toujours avec des sourires, des ceci des cela, de la conformité, du brouhaha, de l’agitation, et des yeux grands ouvert qui me regardent avec interrogation comme une bête sauvage en liberté ; des petits bourgeois de pacotille !

Tout cela, ça le dégoutait Paul, ça le rendait mal à l’aise, il ressentait comme un sentiment de gâchis en lui, un fatras d’idioties vivantes !

– Des ventres, des crottes, des rots, des pets et des plis de sueur !

De plus, avec cette pluie qui tombait en trombe, il décida d’aller dans un bar restaurant qu’il connaissait en bas de chez lui où il pouvait jouer. Il lui restait quelques tickets de jeux précédant et cela pouvait le faire patienter jusqu’à l’ouverture de la poste…heu pardon la banque postal !

– En somme j’aurais pu comprendre et identifier « les signes » qui pour moi ont de l’importance quand il s’agit de se trouver là où il faut être : centré, bien placé, faisant un avec le mouvement de l’invisible ; cette inconnu dont j’avais fait mon projet. Là où je porterais ma vision à un autre niveau de compréhension afin de recueillir les éléments cognitifs, là où tout se touche et où tout est en corrélation, là où le temps n’existe pas, et où tout ce qui sera se passe déjà, et ainsi par ce fait, tout manipuler à mon profit ! Arrêter le temps, ou plutôt, sortir de son emprise et observer son défilement, comme une bande de film sur sa bobine se déroulant devant mes yeux ; un tableau qui raconte une histoire. Tout vibre, et toutes les causes portent leurs effets, tout est relié par l’atome !

Persuadé qu’une sorte magie s’opérerait à nouveau un jour en lui…

Cette force qui envahira nos esprits ne nous tombera pas du ciel.

Elle émergera de notre conscience collective. C’est l’unique et noble vérité. Elle apparaîtra dans un premier temps comme une hallucination car surprenante.

Comme une folie, une chose impossible. Tout en gardant un aspect de vérité profonde. Touchant le corps à l’aide de son propre langage. Émettant ainsi un signe de reconnaissance à l’esprit encore engourdit et obscur, lui offrant le moyen de se délivrer de l’emprise de la souffrance. Et enfin laisser place à la joie constante. Même dans l’esprit et le corps des plus souillés d’entre nous, ses mots résonneront. Ainsi s’opèrera le dit miracle ou non.

Le corps lui-même se connaissant et se gérant en sa façon autonome, encore à l’écart de l’esprit verra apparaître dans son langage organique originel la noble vérité. Celle tant attendue. Elle déclenchera en nous la mise en activité de ce nouveau sens.

Nouveau, c’est-à-dire:

Nous vivons perpétuellement à l’écart de notre corps. Dans le monde des apparences, celui de l’impérialité des décisions personnelles. Tournées uniquement vers soi, son égo filtré en toutes choses. Penser à soi et uniquement pour soi, aussi étendu que soit le cercle restrictif, parents, famille, patrie, etc., fait parti des pensées à bannir. Penser pour soi dans l’intérêt des autres sans exceptions ni limites, c’est construire la fondation de l’avènement du sens de la connaissance universelle. Nous ne pouvons pas déclencher la mise en route de ce sens en nous tant que la moindre pensée négative résidera dans notre esprit…

(13) Vendredi 24 janvier 2014

En fin de journée, Paul se sentait très en colère. Il s’était couché tôt la veille, avait passé toute la matinée au lit, et après le déjeuné préparé par sa filleule, il retourna se coucher. Son beau-frère lui avait demandé de l’aider à nettoyer la cour, mais Paul s’en sentait incapable, alors il prit la fuite dans sa chambre. Cela semblait normal puisque tout le monde savait qu’il prenait des médicaments.

– Je prends des médicaments pour me soigner et ça m’en suc ! J’ai au moins cette excuse de ne rien faire ! Je sais aussi que cela ne pourra pas durer éternellement… Angoisse.

Dans son fort intérieur Paul culpabilisait. Mais pour lui à quoi bon, comme toutes choses, à quoi bon ? Ce demandait-il.

– A quoi je pense dans mon sommeil ? Est-ce que je dors vraiment ? Les chiens n’arrêtent pas d’aboyer au-dessus de la chambre. J’arriverais à en faire totalement abstraction, et ça ne me dérangera plus. Mais le pire c’est qu’il y a toujours des choses à faire dans la maison. Toute demande, toute sollicitation, m’agace et me pétrifie, même le faite de remplir six ou sept gamelles de croquettes pour nourrir les chiens.

Impossible de répondre au téléphone ou de parler à qui que ce soit, sauf peut-être ma sœur, mais ça se limite à des formes de plaintes. Ma sœur me répond que j’irai mieux une fois stabilisé par le traitement. Mais pour moi ça ne changera rien à ma vie ; à mon passé.

– Dans ma tête il se produit des images flashs de mon existence, elles sont toujours douloureuses. Ou bien, des projections d’événements humiliants que j’imagine se passer au présent. A ces moments, j’essaye de penser à quelque chose de plaisant, comme écrire ou gagner aux courses ; seule espérance, sûrement trompeuse, de me sortir de cette situation de vie qui devient de plus en plus intenable.

– Comme tous les soirs la télé vocifère des conneries, un match de foot va commencer. J’ai envie de grignoter quelque chose mais il faut attendre ma sœur. Je vais dans la chambre pour attendre son arrivée. Le téléphone sonne, c’est elle mais je ne réponds pas.

– Elle peut joindre mon beauf aussi. De toute façon cela ne devait pas être important. Elle doit être sur le chemin de retour du travail. Il est tard, j’ai faim. Elle ne rappel pas, ce n’est pas important. Pas de message non plus.

Bon, à part fumer des cigarettes, dormir, manger, ne plus boire d’alcool, ne plus me laver tous les jours, angoisser pour ce que l’on pourrait me demander, être mal à chaque sujet de conversation, ne plus pouvoir vivre chez moi seul, n’avoir plus aucun ami ni compagne, supporter l’agitation des chiens, ne plus sourire, me détester, me sentir en dessous de tout, n’avoir plus aucun goût à rien, regarder le plafond, espérer gagner aux courses, être égoïste, ne m’intéresser à personne, vouloir être plein aux as sans rien faire, souffrir de mon passé, espérer un changement dans ma vie, avoir des idées obsessionnelles, me plaindre ! Que me reste t-il ? Rien, même pas la foi !

– Ça y est elle est arrivée ! Je vais pouvoir grignoter !

Je suis passé par toutes ces étapes. Je suis issu comme vous du monde des errants.

Avant cet évènement j’étais un errant. J’errais avec ma condition parmi les errants.

J’ai fini par ne plus m’attacher au vrai sens des choses. Déçu qu’elles soient ignorées par mes semblables. Déçu par l’attitude des gens. Déçu par la vie, j’ai recherché le bonheur en moi. Pour cela je me suis remis en question. J’ai tout simplement exercé une introspection. En moi-même, dans la forme des apparences en remontant le courant, cherchant la source des conflits ; les prises de décisions erronées des erreurs passées afin d’en dénouer les nœuds ; ces barrages qui refoulent l’eau des canaux créant pressions, refoulements et débordements. Pour cela j’ai bannis et chassé définitivement toutes pensées négatives de mon esprit et je crois que mes nuits ont fait le reste. La moindre petite pensée négative ne doit plus exister dans l’esprit pour le déclenchement de ce sens. Il va de soit que ce n’est pas un exercice facile d’accorder d’emblée le pardon dans la propre conception de sa vrai nature.

Et même beaucoup de mal. Et même trop de mal. Et même excessivement trop de mal !… Le véritable abandon de soi, le lâché prise. C’est comme un saut, une plongé dans le vide, la douleur d’une naissance !

(14) Samedi 25 janvier 2014

Paul, ce samedi était rentré chez lui en prétextant :

– Je vais prendre quelques affaires et même une douche chez moi.

Il s’était réveillé dans des aboiements et la voie de sa sœur engueulant sont mari.

– Tout n’est pas toujours rose, il faut savoir gérer les conflits et se serrer les coudes. Les gens ont droit de parler fort et même de s’engueuler, mais moi j’ai beaucoup de mal à le supporter. Et je suis là, juste en dessous. Le matin, les chiens, le soir la télé et les repas, entre les deux le devoir des travaux dans la maison et puis, dormir !

– C’est écrit « silence » devant les hôpitaux ! Je suis malade !

– C’est un piège ! Pourquoi ai-je toujours eu l’impression d’être dans un traquenard ? Enfermé dans une boite en carton qu’on n’arrête pas de d’emménager !

– Avant de rentrer, je dois acheter quelques victuailles, il n’y a plus rien à la maison, et ça me fatigue d’avance d’avoir à le faire. Je passe tout de même à la boulangerie prendre simplement deux pains. Je suis conscient d’être loin de la joie que peuvent m’offrir les gâteaux alléchants qui trônent toujours dans la vitrine sur le chemin de cet aliment basique qu’est le pain.

– La baguette quoi ! Cette référence de prix à chaque fois cité par la populace ou le politicards pour justifier de je ne sais quelle hausse ou baisse du soit disant pouvoir d’achat du ridicule misérable. Rien de magique !

– Je prends un temps pour scruter vaguement le visage de la boulangère lors de l’échange, je jette le pain sur le siège avant de la voiture, je referme la porte sans verrouiller, et je vais à deux pas de là au petit Casino.

Après avoir fait douze fois le tour de son quartier, Paul trouva une place pour se garer ! Arrivée chez lui, il ouvrit le volet de la chambre, régla les jalousies pour faire entrer la lumière, monta un peu le chauffage. Puis il écrivit un long sms à sa sœur lui expliquant que ce qu’on lui demandait était au dessus de ses forces, et qu’il avait besoin de se recueillir un peu chez lui, la priant de s’excuser auprès de son beauf. Le soir aussi il envoya un autre sms à l’heure du repas, histoire de combler un peu le vide de son absence au diner, disant qu’il avait de quoi manger et qu’il resterait chez lui.

– Un petit casse-croute avec du bon pain frais ! J’ai faim ! Je vais brancher la télé !

Ou plutôt l’ordinateur car la télévision nécessitait le branchement d’une parabole qui trainait dans la chambre depuis des mois.

– Et je vais jouer aux courses ! Tout ça est fou ! Mais c’est plus fort que moi, je dois gagner un jour. Peut-être pourrais-je devenir un professionnel du jeu à force de m’en imbiber !

Je ne me voyais pas du tout nettoyer au jet toute la cour comme on me l’avait demandé ce matin. En même temps c’est pas grand-chose, j’aurais pu le faire. La raison est ailleurs.

Tout l’après midi, Paul joua, gagna, mais pas grand-chose – avec une certaine chance quand même ! Il s’enfila les deux baguettes jambon beurre fromage et deux œufs brouillés durant toute la séance de jeux. Pendant plus de sept heures, il joua, mangea, fuma, mangea, fuma, joua…

C’est par ce chemin broussailleux et escarpé, piquant mortellement dangereux qu’il faut obligatoirement passer. Jusqu’à s’abandonner, quitte à se perdre, dans notre vide intérieur pour l’amour de son prochain. Auquel cas, plus rien ne nous attache à la vie ! Auquel cas, ne plus exister, alors que notre propre nature sonne le glas du changement.

Pourquoi persister à nier et bafouer le vrai sens des choses, le vrai sens de l’Amour profond inconditionnel, généreux et altruiste en s’empêchant de vivre constamment dans la passion de cet Amour non sélectif, épuré et naturellement sain ? De quoi avons-nous peur ? Ce n’est pas de romantisme ou de style dont il s’agit, mais l’intérêt et le besoin incontournable d’une véritable mutation, comme celles passées dans notre évolution et inscrites dans notre parcours !

Une joie intense et durable envers tous et soi-même oublié dans tous voit le jour. Chaque sensation, chaque organisme vivant se fait proche, ils nous effleure pour venir à notre rencontre et communiquer avec nous ; et en même temps la connaissance intrinsèque de sa structure, de son fonctionnement et la compréhension instantané de toute chose nous sera globalement acquise sans l’intermédiaire de notre réflexion, comme pour un seul et unique organisme, par sa propre Vérité intérieur durable et non par nos propres déductions isolées et empiriques qui ne nous sont essentiellement utiles et apparaissent en nous que pour réparer des erreurs. Et ainsi, cette communion intelligente, qui n’attend que nous, permettra d’échanger toute expérience à travers les âges, tout principe d’évolution, tout ressenti personnel ; comme un courant électrique ; la vérité de l’histoire de notre monde et de ses confins nous sera ainsi conté. Ainsi, nous serons rassurés, nous saurons pourquoi nous existons et nous n’aurons plus peur pour notre avenir, nous serons enthousiasmés et tournés vers notre nouveau but, tous la main dans la main. FIN

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(15) Dimanche 26 janvier 2014

D’où vient ce sang vénéneux ?

Ce flux qui passe aux aveux.

Quel est ce conflit intérieur,

Qui m’arrache le cœur ?

Suis-je tombé ou bien perdu ?

Et dans l’eau trouble de mes désirs,

Si j’ai fauté quelque part,

Je dois en payer les écarts.

Punition ou récompense,

O résultante de mes impatiences.

Je suis un pantin qui se devance,

Mon esprit engourdit en a perdu les sens.

Les pieds et les mains liés,

Je m’agite et me cogne de tous cotés.

Telle une marionnette articulée,

Je suis victime de mes pensées.

Aimer, et pourquoi pas, s’aimer,

Telle est la vérité.

Cette vérité qui seule me sort

Du flux turbulent de mes pensées.

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Paul aimait bien écrire. Il avait depuis longtemps écris et enregistré au dictaphone tout un tas de choses ; des poèmes, des chansons, piètrement joués à la guitare, des bouts de textes qu’il n’arrivait pas à comprendre la plus part du temps quand il se relisait. Mais certains passages lui plaisaient. Peut-être que d’autres y verront quelque chose se disait-il.

Depuis peu, il s’était mis à écrire une histoire qu’il avait intitulée :

AMOURPAIX

L’AFFIRMATION JUSTE !

Il était une fois un « homme» qui ne voulait pas « se laisser faire ».

Il voulait toujours décider de tout. On disait de lui qu’il était obstiné et têtu. La plus part de ses conversations devaient impérativement tourner courts. Car, très vite une tension physique incontrôlable s’installait. Cela commençait par la formation soudaine d’une bouffée de chaleur dans le ventre. Puis, montant doucement, envahissant la gorge, une sorte de poing dur et serré se formait et restait coincé au beau milieu de la trachée, empêchant toute communication.

A ce moment là, même le peu de salive que l’on décide toujours de déglutir avec difficulté, ne passe qu’après plusieurs courageuses tentatives fortuites. Se trouvant confronter à un tel bloc de béton, il était vain de lutter.

Personne ne pouvait s’attarder avec cet « homme » pour le moins étrange.

Il vivait seul. Depuis peu dans la région, on ne le voyait jamais accompagné. Il louait une petite maison rurale rue Bon Enfant sur les hauteurs du village. De tant en tant une voiture noire venait le chercher, mais c’est tout. Personne ne savait d’où il était et ce qu’il faisait. Il allait et venait. Certains jours de la semaine, on ne l’apercevait pas du tout et les volets restaient fermés, parfois même le dimanche !

(16) Lundi 27 janvier 2014

Paul se réveilla difficilement, le dos un peu en vrac sur le matelas à ressorts qui était là depuis au moins cinq ans et qui avait dû servir à d’autres locataires puisqu’il faisait parti de la maison meublée.

Il se rappelait d’avoir rêvé que son téléphone portable s’était complètement cassé lors d’une chute brutale. L’image lui revenait : le téléphone coupé en deux avec un fil qui pendait ! Mais en le ramassant pour voir s’il fonctionnait quand même, il s’aperçu que oui ! Fin du rêve.

Il avait dû sûrement rêver d’autres choses, se dit-il, mais rien ne lui revenait à l’esprit. L’important c’était le téléphone ! Le moyen pour lui de jouer aux courses !

Paul se regardait dans la glace le matin, il se disait que la barbe qu’il avait décidé de laisser pousser le faisait paraitre « jeune vieux » aux yeux des autres.

– Moi, je préfère être un « jeune-vieux » qu’un « vieux-jeune » !

– On m’appelle de plus en plus souvent « monsieur » ! C’est finit jeune homme ! Je m’aperçois un peu tard que suis devenu un quadragénaire commun, le stéréotype physique d’un docteur ou d’un chercheur, quelqu’un qui n’a pas forcement besoin d’être rasé de près pour travailler, mais aussi un clochard ou un cinglé ! Un signe de laissé allé, porté au visage ! Marquant ainsi une forme de liberté professionnelle tout en camouflant une détresse personnelle.

Paul naviguait dans la confusion quand il s’interrogeait sur l’image qu’il pouvait refléter de lui.

Au réveil il avait toujours la poche sous l’œil droit plus gonflée que la gauche. Faible et nasillard, il balbutiait quelques mots autour du café qu’il se préparait avec lassitude, puis devant les posters accrochés au mur par des punaises au cabinet de toilette : réflexologie faciale (Le Dien’cham) indiquant la position des points à masser sur le visage correspondant aux organes du corps à soigner.

Sur ce mur, il fixait sans rien dire, un signe étrange qu’il avait dessiné au marqueur. Signe mathématique qui devait représenter la formule pour atteindre l’éveil constant ! Il posa son regard aussi sur le petit meuble qu’il avait fabriqué de A à Z avec tant de passion et de créativité il y a quelque années. Les coins étaient rabotés, poncés, la fabrication était solide, des roulettes pour le déplacer et un vieux calendrier collé, découpé ça et là, lui donnait un aspect artistique.

-Ah… Où est passé toute cette énergie ? Cet engouement pour la création, cette vitalité ! Cette croyance ! Je me sens bien loin de tout ça aujourd’hui. Un changement doit s’opérer, bon sang !…

Après avoir eu de fâcheux problèmes avec l’ordinateur dont il se servait pour jouer aux courses, il rata la plus importante de la journée. Un peu furieux et surtout déçu, il ne soupçonnait pas que cela pouvait être un signe ; un mauvais présage. Il n’y pensa pas. Il dut configurer l’ordinateur que sa filleule lui avait prêté. L’image était décalée de trois minutes par rapport à la réalité et sautait un peu, mais ça allait tout de même. Il put jouer ! Il joua et à la dernière course, il réussi à multiplier ses gains par cinq ! Ce qui lui faisait une bonne réserve pour recommencer à jouer le lendemain. Paul ne sauta pas de joie, mais n’était pas déçu d’avoir perdu au moins. Il pensa aussi à prendre du temps pour étudier les courses au préalable ; avec sa méthode : un mélange de pronostiques officiels, de la récurrence des numéros à l’arrivée et des couleurs aussi. Oui des couleurs ! Paul voyait des nuages de couleurs émaner du petit carnet rouge où il notait toutes les arrivées du jour.

– Ce que je veux c’est le pactole ! La liberté que pourrait me donner l’argent dans cette société que je sais perdu, puante. Prendre le peu d’argent des misérables et tout bruler pour qu’ils se battent tous entre eux !

– Non ! Avec mon pactole, je me ferais un lifting pour tirer cette peau des yeux tombante afin d’avoir un regard de félin ! Je me referais les dents pour avoir un beau sourire de star étincelante ! J’irai me faire masser et manger dans des bons restaurants pour animer la curiosité des habitués bourgeois. Je m’achèterais des fringues aussi ! Dans les petites boutiques à la pète moi le nœud ; des belles chaussures de ville cirés qui font du bruit sur le planché des musés ou des galeries d’art pour ricaner de voir tant de badauds s’extasier ou faisant mine d’intérêts pour des œuvres d’arts extirpés des pauvres entrailles mutilées ; des voyages pour un bon teint et un petit appartement en centre ville ! Et…

Puis, plus rien ne s’agitait vraiment dans la tête de Paul. Il ressentait comme une grosse pierre pesante à l’intérieur de son front, ses tympans sifflaient en permanence et ses lèvres figées dessinaient une bouche droite à tout jamais. Sa barbe lui tenait chaud.

– Le calme de la nuit commence à s’installer et je vais pouvoir m’envoler ! J’aime cette tranquillité ; je suis seul dans le noir ! Le quartier s’est tût ; il est mort ! Ils sont tous morts endormis pour un mois sauf moi ! Je vais pouvoir faire tout ce que je veux et piller tout l’argent des banques sans risques !

Paul se dit que s’était complètement impossible de pouvoir stopper nets la vie de toute la planète pendant un mois, sans se figurer vraiment que d’avoir de telles idées était insensé ; pourtant il crut que cela ce pouvait. Il fallait juste savoir comment faire se disait-il.

– Tout est possible, il faut juste savoir comment faire pour y parvenir. Et pour cela il ne faut pas avoir peur de sortir des sentiers battus. Il faut oser l’inconnu par l’imaginaire et se convaincre par la volonté ; y croire !

-Y croire sans aucuns doutes et sans devenir fou ! Quand on avoue croire profondément en des choses complètement folles, on fini par devenir fou soi-même. Certains génies étaient pris pour des fou à leur époque !

– L’univers ; les atomes ; tout ce que nous sommes et tout ce qui nous entour est relié, il n’y a pas de séparation. Tout baigne dans le même jus et vibre ; ainsi tout a un « code de programmation » ; une fréquence radio émettrice/réceptrice ! Il n’y à pas d’espace, ce n’est que du vent ! Il suffit de se caler à la fréquence de ce que l’on désir pour déclencher la réception du désir que l’on a fait vibrer en soi.

– Faire « un » avec l’univers ! Pour cela il faut être « clean » en tout ; pur, et donc savoir ce que veut dire « Aimer », la seule véritable monnaie d’échange originel pour s’acheter une radio. Ne pas avoir de carences physiques ou intellectuelles induites par la malbouffe industrielle ou le mal-être général et social. Cette intoxication que l’on nous fait avaler chaque jour pour nous maintenir dans un état de faiblesse ; de dépendance. Et surtout, il faut être positif et croire à l’accomplissement de ses propres idées.

– Bouha !…Trop négatif en ce moment, trop de tornades et d’agitations intérieures pour percevoir avec calme et concentration la beauté chantante d’une fleur et lui répondre ! Mon état de faiblesse ne me permet pas de ressentir les fréquences vibratoires. On m’a tué !

– Je vis dans un incessant tumulte, un stress intérieur expansif.

– Mon univers a explosé, il a subit le bigbang !

– Je ne peux pas entrer en contact avec vous.

– Nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde.

– Dommage.

« Connait-toi toi-même et tu connaitras les autres »

– Connais ta propre fréquence vibratoire et tu connaitras celle des autres. Ainsi tu sauras te positionner, émettre et recevoir consciemment des « fréquences contrôlées », ainsi tu commenceras à décrypter et à mémoriser celles des autres ; de tout Élément constitué d’atomes et donc vibrants comme toi-même. Cela réalisera ton savoir. Médites et sois humain, sois médium !

– Le maitre du monde, aujourd’hui, serait celui qui arriverait à commander l’atome par « vibrations contrôlées » comme une armée à ses ordres !

Le Dr Livole Jean commença son discours sur « l’Étude Original Des Nouvelles Relations Humaines ».

– Prenons trois axes principaux de motivation d’un pays soit disant développé : Travail, Argent, Santé. Puis deux autres: Amour, Loisirs. Et encore un : Évasion.

– Le Travail essentiel à la vie apporte l’Argent qui entretient la Santé et permet de travailler.

Dr Livole continua:

– L’Amour, essentiel au « Conditionnement Psychique Équilibré » assure naturellement la pérennité de l’espèce, et les Loisirs la maintienne artificiellement dans un état de béatitude constante que je nome : Le Shoot Commercial.

Il enchaîna

– Enfin, l’Évasion qui semble ne pas avoir véritablement de règles bien précises. Par définition : s’évader, serait le mot le plus approprié, se délier de tout ce qui entrave « La Liberté Relative ».

CAD :

– Je m’imagine dans un endroit clôt de toutes parts, où les murs seraient des forces magnétiques que je ne vois pas mais que je ressens physiquement. Paradoxalement, je me sens libre car je ne vois pas de murs autour de moi. Cette force magnétique, diminue à mesure qu’elle affecte certaines parties de mon corps, jusqu’à s’amoindrir considérablement, consumées par mon cerveau, induisant un « Équilibre Dynamique Général » en un point central, le plexus, récepteur, catalyseur, véhicule, relais agissant sur mes pensées. Cela me donne l’effet d’une « Force Naturelle Incontournable » : la « Vie ». Si je pense et vois un mur, une porte vient se dessiner à ses cotés, par laquelle une évasion est possible : l’« Espoir » (défense naturelle).

Cette sorte de prison qui à mon sens aurait toujours existé, est aussi vaste que l’« Espace Infini ». Où le « Temps Compté » rythme le battement continuel du « Cœur ». Un lieu imaginaire « Interdit », où le poids de la vie matérielle n’exerce plus sa force. Un espace spirituel infini où tout semble permis.

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Les passagers se préparaient à embarquer à bord du vaisseau qui les attendait sur la rampe de décollage pointé vers les étoiles. C’était l’image de l’affiche publicitaire que l’on pouvait apercevoir dans les rues de la ville. En dessous, le slogan : Voyagez dans l’univers de vos rêves !

La proposition alléchante stimulait la curiosité des badauds, la méfiance aussi.

– C’est une Arnaque ! Disait l’un.

– Encore un tour malicieux pour soutirer de l’argent aux « Gens » ! S’exclamait-il.

– Et beaucoup d’argent ! Le travail de toute une vie ! Rendez-vous compte, 100 milles « Paquets » !

Le témoignage de ceux qui en étaient revenu n’était pas toujours bien clair. Oui, même plutôt vague. Il se traduisait par une sensation d’apesanteur, le corps devenu invisible et l’esprit alerte, conscient de toute chose. Là, où le temps n’existe plus, où tout est vu, revu et corrigé.

(17) Mardi 28 janvier 2014

Paul se leva du lit, non pas plutôt en forme, mais mieux que la veille. Le café qu’il faisait tout les deux jours avait juste à être réchauffé ce matin là. Il se tailla un peu la barbe et passa un coup de tondeuse sur le torse pour désépaissir les poils entre les deux pectoraux. Prit une douche, se brossa les dents, se peigna les cheveux en arrière puis en avant et sur le coté pour faire une raie à gauche. C’était toujours la bataille dans sa tête pour mettre les cheveux dans le bon ordre ! Puis il changea de caleçon, de pantalon, chaussettes mais garda le même t-shirt qu’il estima encore plus qu’acceptable, après l’avoir reniflé aux aisselles.

– Tant mieux, je n’ai pas à faire le café ce matin, juste à le réchauffer !

Il avait deux tickets gagnants dans la poche. Il ferait ses pronostiques selon sa méthode à la maison et irait jouer dehors. Le bar tabac était à neuf cent mètres, il fallait descendre une longue rue et surtout la remonter !

– Je ne vais pas prendre la voiture, il y aura plus de place quand je reviendrais. Et ça me fera du bien de marcher.

– Je marche, il ne fait pas bien chaud, j’ai mon cuir et se petit pull en V qui me colle à la peau, je n’aime pas, ça me gratte.

– On ne croise que des petites étudiantes ici, elles doivent me prendre pour un sadique ! Ou un tueur peut-être, un gars dangereux ! C’est vrai la route est toute droite et tellement longue, qu’on a le temps de jauger de loin la personne qu’on va croiser. C’est comme un duel qui arrive petit à petit, pas à pas. Et arrivée à deux mètres, bang ! La détonation !

– Toujours plein de gens qui ont la patience d’attendre le bus. S’il pouvait partir très loin et ne plus jamais revenir pour une fois !

Quand il traversait les rues, Paul se surprenait à dire merci aux voitures qui s’arrêtaient pour le laisser traverser, sans vraiment regarder les conducteurs. Il passa sur le grand pont de l’autoroute, jeta un coup d’œil aux voitures qui défilaient en dessous de lui et arriva au point de jeux.

– J’n’aime pas cet endroit, y’a plein de vieux plein de pets avec leur journaux à la main. Et puis c’est bruyant et petit. Ça me fout le cafard, ça doit faire longtemps qu’ils jouent et ils sont toujours là. Ils amassent de l’argent chez eux ou quoi ?

– Donc je rentre mes tickets dans la machine – gagnant les tickets messieurs ! Je joue mes combinaisons écrites sur le post-it et je me mets au bar. Un déca s’il vous plait ! Je prends quelque chose par convenance quand même.

Paul avait toujours le chic pour se mettre à l’endroit où le serveur dépose les verres du restaurant sur le bar. Il ne pensait pas que c’était plutôt une place à repérer et à éviter pour être tranquille et ne pas à avoir sans cesse à se décaler. Mais cela valait peut-être mieux que de se serrer dans la foule. Il avala son déca, paya un prix différent de la veille, ne dit rien, se roula une cigarette, se laissa tenter pour faire un ticket de dernière minute qu’il ne fit pas.

Dehors en fumant sa cigarette, il observa la course sur l’écran plat au travers de la vitrine.

– Perdu ! Pourtant ces numéros là, je les avais dans la tête et je ne les ai pas joués ! Stupide que je suis ! Je me suis laissé déconcentrer par les Éléments ! Bon qu’est-ce qu’il y a à manger dans ce restaurant ? Puis non, je ne retourne pas là dedans. Je vais prendre un paquet de tabac et des trucs à emporter chez le Chinois.

Paul acheta un tas de choses chez le Chinois, du pain en passant, puis rentra chez lui.

Il savait que sa famille s’inquiétait pour sa situation, mais il espérait tellement que tout s’arrange comme par magie un beau matin… Il répondait aux sms en disant qu’il rappellerait et qu’il allait bien. Comment dire la vérité ?

Prenez un individu lambda et faites lui miroiter des projets d’avenirs motivants, servant aussi son intérêt personnel. Il vous en sera tout de suite reconnaissant et voudra « naturellement » vous remercier des égards que vous semblez porter à sa prompte personne. Vous lui offrez ainsi une occasion de s’échapper, de s’évader.

Le résultat concret des promesses faites importe peu. Ce qui tient lieu de « nourriture » : c’est l’espoir qu’il s’en dégage. Car, ce qui relit et aussi stimule les peuples jusqu’au plus petit citoyen d’entre nous, c’est la découverte d’intérêts communs entre les individus. Comme une lumière qui sortirait chacun de nous de l’obscurité.

Un réseau se tisse des connaissances se lient et des intérêts personnels surgissent. Parfois discordants, alors ils sont le plus souvent évités et mis de coté.

(18) Mercredi 29 janvier 2014

Muni d’un revolver à la main, il sauta sur l’engin qui était en train de détruire les bâtiments d’en face. Logea une balle en pleine tête du conducteur, puis retourna se coucher. Peu de temps après, une armée de policiers encerclait la petite maison.

– Rendez-vous ! Vous êtes cerné !

Le tueur sorti de chez lui en lévitation à quelques centimètres du sol, les bras croisés, traversa la grille d’entré et passa devant les policier hallucinés en les ignorants.

Depuis ce jour là, cet homme put avoir tout ce qu’il voulait sans qu’on ne lui demande rien en échange, sinon sa bénédiction.

Paul se réveilla dans des bruits de fracas en se disant que la seule chose qui lui restait dans cette petite maison c’était le silence, mais ça aussi s’en était fini. En pestant, il décida de se lever pour fumer une cigarette et se recoucher sous les oreillers aussitôt après. Il avala ses cachets aussi. Son docteur lui avait conseillé de manger quelque chose avec, mais il s’en foutait. De toute façon il ne mangeait rien le matin.

– Le café, ça sera pour plus tard ! Sinon ça va me réveiller.

Après deux cigarettes, Paul alla se recoucher en attendant l’heure propice pour jouer aux courses.

(19) Jeudi 30 janvier 2014

Paul était désespéré, il ne croyait plus gagner aux courses. Il avait perdu presque tous ses gains ! Les coures ne le passionnaient pas, il voulait juste gagner.

Ce matin il se leva beaucoup plus tôt que d’habitude, à cause du bruit des engins. Aussi, il décida de passer sont temps à reporter des pronostiques sur son bloc note. Mais cela ne s’avéra pas positif quand il joua les premières courses. Il décida alors d’aller faire un petit somme et de se réveiller pour la course principale : le pactole ! Malheureusement il se réveilla trop tard, juste au départ de la course. Il pesta et s’en voulu de ne pas avoir mis le réveil.

– Ces médicaments me fatiguent ! Ils me font trop dormir ! Je dors toute la nuit, le matin, et je somnole le reste du temps.

– Je ne peux pas continuer comme ça ; jouer aux courses et rester enfermé toute la journée. Avec la tonne de papiers administratifs importants dont j’ai à m’occuper ! Tout est à l’abandon, on dirait que j’habite une jungle qui se gère d’elle-même. Je ne fais plus le ménage, bon d’accord j’admets que je n’ai jamais été un maitre du chiffon non plus. Même pas une machine de linge, ça fait des semaines que je tourne sur deux jeans. L’ordinateur est en plan, la chambre n’en parlons pas, juste un chemin d’accès au lit sillonnant le bric-à-brac qui jonche le sol. Bref, il faudrait vraiment se relever les manches pour attaquer tout ça ! Et toujours cette histoire qui n’arrête pas de me prendre tout le cerveau…

Paul avait lut quelques auteurs qui lui avaient mis des idées de révolte en tête. Il voulait écrire un livre aussi, il l’avait toujours voulu. Il avait commencé par un journal intime à l’âge de l’adolescence comme beaucoup de jeunes le font, et avait toujours écrit des choses par ci par là. Il notait plutôt des réflexions sur lui, sur le monde, sur la société, et comment il percevait les gens.

– Il ya quelque chose qui se passe dans ce monde ; quelque chose de magique à découvrir ! Toutes ces notes me serviront à reconstituer le puzzle un jour ou l’autre !

De sorte que Paul se mettait à l’écart des autres pour les observer afin d’exécuter son idée. Il aimait bien se rendre dans des lieux inconnus, sortir son carnet et griffonner quelques lignes à la table d’un café.

Était-ce vraiment un choix délibéré ? N’avait-il pas trouvé un moyen de se mettre à l’écart volontairement ? Se sentait-il déjà si différent des autres ?

– La nuit, tout le monde dors, fini l’agitation, pas d’engins, pas de crainte que le téléphone sonne. Mais dans quelques heures, demain, ça va recommencer. Je tourne vraiment en rond dans cette baraque ! Demain matin à la première heure je dois aller faire une prise de sang à jeun, quelle galère ! Je ne retrouverai plus de place pour me garer dans ce foutu quartier ! Et ces courriers à faire, ces mails, les factures en retard, le loyer, ces coups de files et se bordel dans ma tête… Ma tête, mes yeux, mes cheveux, mon allure, ma solitude, mon isolement, cette mise à part, mes critiques, mon jugement, mon manque d’analyse, mon antipathie, mon apathie ! Suis-je un vieux con ? Le problème c’est que je ne me sens concerné par rien, ne me demandez rien ! Il faut que je m’occupe avant d’aller me coucher, il est trop tôt encore, je vais écrire…

La dose qu’il venait de s’injecter dans la veine allait rapidement passer dans le sang et atteindre l’objet convoité, le cerveau. L’effet de la « drogue » se faisant déjà ressentir. Les pensées commencent à s’embrouiller et la vision de l’environnement immédiat devient floue. L’importance des préoccupations habituelles devenues futile, disparaît. La sensation du touché est transformé. La distance entre les choses parait inexistante. Les sons ont changés de fréquences, ils ressemblent à des petites bulles en activités libérant une à une des sonorités différentes. Stagnants mollement dans l’air un instant, puis se mélangeant pour enfin disparaître dans un fondu doux et langoureux.

Vu de l’extérieur, plu rien ne semble avoir de prise sur ce corps inerte. Quelques soubresauts à peines distinctifs de temps en temps, voilà tout.

Perdu dans ses pensées, Paul ressentait l’angoisse que tout irai de pire en pire. Il n’avait qu’une envie c’était de dormir et d’oublier tout ça. Il s’était enfermé, il haïssait le monde, mais n’était pas indifférent aux attentions qu’on pouvait lui porter, ou plutôt celles qu’il percevait comme telles.

Paul ne se reconnaissait plus et il ne connaissait plus les gens. Il ne savait plus ce qu’ils voulaient ou disaient. Ils avaient toujours tout un tas de choses à raconter, et lui ne voyait qu’une bouche gesticulée dont il percevait le son de quelques mots auxquels il s’en tenait.

– j’arrive à reconnaitre les sourires quand même. Mais plus personne ne me souri, sauf quand j’achète quelque chose. Je ne souris pas aussi, j’aimerais bien, mais je n’y arrive pas. C’est normal avec tout ce qui me tombe dessus en ce moment ! Et je ne fais rien pour arranger tout ça, c’est fou !

Rue Bon enfant, les travaux de réfection de la chaussée allaient débutées au mois de juillet. Mr Tasal avait décidé de ne pas prendre de vacances cette année. Il serait bien parti dans « les îles », mais les moyens lui manquaient. Il pensait en profiter pour faire un point sur sa vie. A la quarantaine passée, cela semblait s’imposer à son esprit comme une évidence. Il se demandait par où commencer. Allait-il se remémorer tous les passages de sa vie un à un? Comme il serait naturel de faire pour détecter ce qui a cloché. Élaborer une synthèse de cet aggloméra de matière plus ou moins nerveuse et hypersensibles que sont les souvenirs des situations qui ont crées les « traumatismes » si lourds à porter. Ce qui est enfoui au plus profond de l’âme, enraciné en un point exacte, la source de toute chose, « le filtre ». En s’approchant le plus près possible de l’histoire passé qui a provoquée tant de tourments dans la vie de ce chère Mr Tasal. Bourré d’émotions qui font mal rien qu’à y penser.

Cela semblait trop fastidieux, compliqué et surtout trop long, il n’avait que les vacances pour agir. Comment faire autrement? Était-il possible de contourner ce cheminement. Trouver une autre méthode. Puis après tout, était-ce si important, pourquoi ne pouvait-il pas profiter de ses vacances biens méritées. Ce détendre et se relaxer, pourquoi pas flâner au bord de mer les soirs d’été. Se promener dans les rues des grandes métropoles à deux pas de chez lui, histoire d’y faire une rencontre impromptue et agréable au détour d’une étape. Il y avait déjà pensé et résolu qu’il le ferait en même temps que son introspection. Cela ne pouvait que lui faire du bien de prendre un peu l’air de tant en tant.

Ce qui paraissait évident aux yeux du commun des mortels, pour lui, s’avérait d’emblée très complexe et délicat à aborder. A contrario, ce qui paraissait complexe, ne l’était pas pour lui. Chaque pensée en entraînait une autre, non négligeable et ainsi de suite. Les plus simples décisions à prendre de la vie de tous les jours, ressemblaient à des équations mathématiques à résoudre en permanence, toujours différentes les unes des autres. Le temps, l’environnement, la situation, représentaient pour lui des paramètres essentiels. Le résultat partiel représentant une sorte de degrés de « motivation personnelle » confronté à d’autres résultats obtenus d’autres équations. Lors d’une conversation ou d’un simple échange verbal, toutes sortes de calculs mentaux se mettaient en branle dans sa tête. Malheureusement, tous ces calculs prenaient du temps. Ce cheminement « conscient » était apparemment nécessaire à la formation d’une réponse cohérente et satisfaisante de sa part. Évidement cela créait un décalage, comme un contretemps dans le flux des échanges. La fréquence des intonations vocales attirait l’oreille, elles sonnaient différemment de celles reconnues instinctivement. Ce n’était pas un accent mais plutôt un instrument de musique qui méritait d’être accordé.

– La chaîne est cassée, les maillons sont épars, cela prend du temps à réparer !

Voilà ce que cet « homme » disait, le plus souvent.

(20) Vendredi 31 janvier 2014

Ce matin, Paul hésitait à se lever. Il avait sa prise de sang à faire et peut-être pouvait-il la remettre au lendemain.

– Demain c’est vendredi et c’est ouvert le labo. Mais il me faut du tabac et quelques victuailles, je n’ai plus rien. Je saute dans mon jean, je mets ma veste et j’y vais !

Arrivée au laboratoire d’analyses qu’il connaissait bien, il remarqua les jambes maigrelettes de l’infirmière qui l’invita à le suivre. Dans la foulée, elle lui demanda s’il était à jeun, et lui avoua qu’elle avait arrêtée le même traitement parce que ça la faisait grossir.

Paul n’aimait pas les piqures, mais tout ce passa bien, il ressentit juste un petit picotement. Ensuite il but un café sur place, et repartit en saluant l’infirmière qui lui répondit avec un temps de retard car elle était concentrée par son travail. Dans sa voiture Paul s’interrogea sur l’endroit où il irait faire le reste de ce qu’il avait prévu. Il passa devant l’agence immobilière en se disant qu’il devrait bien payer son loyer un jour prochain. Il fit deux fois le tour d’un rond point puis se décida.

Il acheta les mêmes denrées que la fois dernière sans se demander si quelque chose d’autre pouvait lui faire plaisir, il avait juste besoin de s’alimenter et de fumer.

– Cette petite sortie m’a fait du bien en fin de compte ! Et j’ai des trucs à manger à la maison maintenant. En plus j’ai trouvé une place pour me garer en revenant, je n’ai pas eu à faire dix fois le tour du quartier ! Tiens, je vais faire ce courrier important !

Paul, ressentait toujours des variations entre la peine et la joie, ou plutôt, un peu moins de peine le temps d’un court instant. Tout était gris et lourd pour lui, comme s’il baignait continuellement dans une patte épaisse, une sorte de mélasse où il s’était enlisé, rendant ses mouvements plus lents et ses pensées inextricables. Il ressentait cette sensation comme la matérialisation de la souffrance qu’il portait dans tout son corps, l’empêchant d’être vif et présent. A ses yeux, il souffrait de ne pas être parfait.

– Tout cela vient de ma tête, j’ai des bons réflexes quand j’observe mes gestes automatiques, et mes paroles ne sont pas si nulles, elles sont plutôt bien placées quand je me laisse aller, sans que cette maudite histoire vienne tout interférer ! Je ne suis vraiment plus le même ! C’est horrible, j’ai changé ! La vie m’a quittée !

Paul se sentait seul, son amie l’avait quitté depuis plus de trois mois. Comment allait-il rencontrer quelqu’un d’autre dans l’état où il était ? Il avait petit à petit fait fuir tout ses proches et n’avait plus aucun contactes. Une seule ex amie continuait à l’appeler de temps en temps pour demander des nouvelles. Mais il avait fini par l’envoyer balader prétextant qu’ils ne se voyaient jamais alors qu’ils habitaient à deux pas l’un de l’autre.

Paul avait toujours eu des problèmes à gérer ou entretenir des liens d’amitiés. Il avait rencontré beaucoup de personnes lors de ses voyages, mais il avait perdu tout contacte téléphonique ou autres. Tout cela fini par se perdre quand on passe son temps à déménager. Se disait-il.

Paul dormit tout l’après midi, regarda d’un air désabusé la fin des courses, sans parier, répondit à sa sœur au téléphone, écrivit un peu, avala un bol de céréales et alla se coucher.

(21) Samedi 1er février 2014

Infâme décision, regret de l’âme seule,

Pour un destin sans raison.

A qui la faute, pourquoi tant de péchés ?

Suis-je abrupte, ou sans mystère ?

Ainsi vont les guerres, à quoi bon s’entendre ?

Tout n’est que déraison.

Où sont les miens ?

Ceux qui me faisaient tant de bien.

Leurs couleurs devenues pâle, les reflets inexistants,

Les yeux fermés, m’inventant des trajectoires,

Par-dessus les cimes, et au-delà des voies,

Si funestes que réelles, une seule pensée me vient.

Raccorder le temps en dedans, réconcilier l’inconcevable, renaitre au présent,

Ne plus se faire de mal, et ne plus espérer de changement.

Retourner là où rien n’existe, et tout recommencer.

Mais la douleur de l’âme foudroyée, remet les sens de son côté.

Liberté tu m’as fait prisonnière, et je demeure.

(22) Dimanche 2 février 2014

Paul avait trouvé le moyen de pester encore aujourd’hui. Il était vraiment tout prêt de gagner un petit pactole aux courses. Ce qui lui aurait permit de faire le seigneur pendant quelques temps, et surtout de changer de maison. Il en avait assez de ces murs et de son quartier où trop de souvenirs le hantaient.

Paul était mal, et de plus en plus mal. Il n’avait pas de solution pour se sortir du pétrin dans lequel il s’était mit. Ce n’était pas la première fois qu’il se mettait dans des situations de vie inextricables, mais jamais à ce point. Il restait immobile, les yeux fermés, allongé sur son canapé, les jambes croisées, les mains sous le menton, les avants bras repliés sur son torse. Cette position lui endormait quelques doigts, alors il devait de temps en temps déplier les bras pour à nouveau les sentir en les faisant gigoter.

Il pensait en ressentant les moments d’angoisses d’autre fois en les ramenant à lui pour les comparer à ceux d’aujourd’hui. Il voyait des bulles flotter qui se percutaient dans sa tête, et recueillait les effets du choc. Ainsi il estimait si la situation, qu’il vivait au présent, était plus ou moins irrémédiable que celles qu’il avait déjà vécues et dont il s’était sorti. Cela serait bon signe ! Se disait-il.

Mais, pour lui, la différence résidait dans tout le vécu qu’il avait amassé. Les durs passages émotionnels de sa vie qu’il n’avait pas su résoudre totalement l’avaient significativement affaibli pour de bon cette fois-ci.

Autre fois, il avait encore la force d’une décision ; d’une solution. Il se voyait jeune et encore plein de vitalité. Comme son fameux dicton : « A la vie à la mort quel sera mon essor ? »  Il se sentait vivre au milieu d’un monde où il pouvait encore plaire et choisir sa voie sans que son âge l’obsède constamment.

Aujourd’hui il avait un toit à lui, où il vivait seul. Il l’avait toujours désiré.

Paul n’avait jamais vraiment habité tout seul auparavant, il était parti assez tôt de chez ses parents à l’étranger voir des amis où il resta des mois. Puis il trouvait des petits boulots par-ci par-là, et revenait de temps en temps auprès de ses parents, ou était hébergé à droite à gauche. Quelques fois il en avait assez de cette vie de bohème et aurait bien voulu se retrouver seul dans son chez lui.

Pour lui, l’existence était déjà trop dure, il n’avait pas trouvé sa voie dans la société, et pour avoir un chez soi il lui fallait travailler pour cette société qu’il détestait afin de payer le loyer.

– Ce qui est normal, pour tout ceux qui n’héritent pas de biens familiaux ou de terre à cultiver ; sinon on crève la faim, on est rien ni personne, on se retrouve à la rue et on erre comme un chien ! Tous pareils, logés à la même enseigne, à moins qu’il nous manque un bras ou une jambe ou la moitié du cerveau ! Visiblement, on est obligé de travailler à contre cœur ; marche ou crève ! Ceux qui ont réussi le mieux au formatage de l’école, ou bien trouvés un intérêt pour la société ou une aspiration à vivre avec ses lois, ceux qui se sont pliés à ses exigences et que la peur de mourir a motivé ; en somme ceux qui ont nourri leur passion d’être humain incarcérés, ceux-là, s’en sortent et vivent outrageusement dans de belles maisons !

– Tout est conditionné par la peur ou la joie, et entre les deux un grand vide ; l’ennui est méprisable !

Paul resta chez lui toute la journée, bâfra deux sandwichs, prit ses cachets, dormit, s’allongea sur le canapé, ressassa, tourna en rond, décida de prendre une douche, fuma, écrivit, et alla se coucher.

(23) Lundi 3 février 2014

Voilà, je suis là et j’ai l’impression de n’être nulle part. Les bandes plates blanches étalées sur la chaussée, ressembles à des corps écrasés !

Je suis là parce que matériellement je me vois. Le coin vitré de la fenêtre et les nuages derrières, me donnent du souci. Je ne ressens pas de plaisir à exister, mais désirs sont maudits. Je suis devenu insensible à tout plaisir extérieur.

Un poids, une souffrance incontrôlable, une trahison, un mensonge, je ne contrôle plus rien. Je, je, je, je, je, je me laisse aller au temps qui m’affecte. J’attends, mais quoi ? A quoi bon exister, si c’est pour mourir de secondes en secondes ? Je dois, mais je ne sais pas. Je ne m’impose pas à la vie. Je suis mal. Je souffre de tout. Et tous ces gens bourrés de rituels, de convenances, d’affectations, de fonctions, de peines. Tous ces gens esclaves, rivés dans leurs conditions. Tous ces gens sédentarisés de force qui travaillent pour leurs bourreaux, pour deux sous, et qui restent, et qui trouvent un intérêt à leurs fonctions. Tous ces gens que la chaleur anime. Un mot, une parole, un sourire, une gratitude, et le bonheur est fait. Puis, un nuage, une ombre, qui s’abat comme une colère. Un ressenti, une sensation, une peur, une crainte, et tout s’effondre, et tout s’écrase, et tout devient lourd. Cela doit cesser ! Un désir de tout arrêter, de basculer, de se sauver. Comme échapper à une catastrophe qui gronde et menace.

(24) Mardi 4 février 2014

Paul avait fait un rêve qu’il qualifiait d’organique. Il avait eu la vision d’un fil scintillant, ou plutôt, un cordon argenté qui s’étirait dans ses entrailles. Se cordon, à force d’étirement, s’amoindrissait et devenait très fin et fragile, à la limite de la rupture. Il se le représentait comme la prise tenace de sa situation et le relâchement libératoire que lui apportait cette distension.

Se souvenant de son rêve, il s’imaginait deux électrodes qui se séparaient, arrêtant ainsi de véhiculer un courant négatif, qui de se fait, le soulageait. Puis il pensait aux neurones, aux synapses… Il se figurait que quelque chose était resté collé ou même bouché depuis longtemps dans son cerveau.

– Un nouveau passage s’est ouvert, une nouvelle voie transporte de la fumée noire depuis mes entrailles, et jusqu’à ma tête !

– Une liane à poussée dans ma jungle cérébrale et fait transiter d’un bout à l’autre des fourmis porteuses de cafards !

– Je dois rompre cette liane !

De temps en temps, Paul allumait sa petite radio, et il avait entendu un prêtre dire qu’il fallait faire jaillir l’amour qui est en soi…

D’autre part, Paul avait toujours eu une relation spéciale avec dieu, il le prenait pour son véritable père, à qui il parlait en prières. Souvent en se couchant, il lui parlait à voix basse en lui demandant de l’aider en répétant plusieurs fois : « aides moi mon dieu, aides moi ! » Il était persuadé que par la voie de l’amour et du pardon il pouvait s’en sortir.

Mais de l’amour, il ne pensait plus en avoir, et pour le pardon, il le voyait bien loin de sa portée.

– De l’amour, c’est le fait d’être vivant, c’est le fluide vital de l’âme, ne serait-ce que pour dormir et s’alimenter !

– Mais il doit bien m’en rester une petite étincelle à raviver quelque part, il faux simplement la trouver !

– Le temps efface les peines profondes qui laissent la place au jour, mais les nuits paraissent tellement longues…

Paul ne sorti pas le moindre orteil aujourd’hui, il joua, perdit, s’habilla, fit la vaisselle qui s’était entassée, se fit à manger, ne se doucha pas, dormit un peu, pris ses cachets et alla se coucher.

(25) Mercredi 5 février 2014

Putain d’animaux que nous sommes,

Si bêtes qu’on se met à penser.

Je ne ressens rien, ma tête est au-dessus de tout,

Ma tête trône et mes yeux massacrent.

Désillusion parfaite, profond mal-être. Victoire !

La réalité se perd, mes pieds touchent à leur fin.

Si tu lis entre les lignes, tu trouveras ce dépôt !

Au fond, loin, caché, indissociable,

La cellule maître, ta prison, ton corps.

Passionné de l’ensemble du Tout,

Ce filament, cette salive, cette bave, qui ne fait naitre que toi !

(26) Jeudi 6 février 2014

Au fur et à mesure que les jours passaient, Paul voyait bien qu’il avait un sérieux problème personnel, et que même s’il venait à gagner de l’argent aux courses, cela lui apporterait plus de tracas qu’autre chose, car il n’arriverait peut-être pas à gérer cette nouvelle situation matérielle.

Il passait de plus en plus de temps à dormir et ne faisait plus qu’un seul repas par jour. Il ne sortait plus du tout, il ne parlait plus du tout. Se sentant fatigué, mal à l’aise partout, préférant rester chez lui. La peur d’avoir à affronter quoique ce soit d’imprévu, ou le besoin de prendre une décision inopinée le tiraillait. A la maison, rien ne bougeait, tout était calme, trop calme. Il ne savait plus quoi faire, se sentant coincé sans aucune solution, il attendait que le temps passe dans l’isolement et le retrait le plus total. Il aurait pu trouver un moyen pour se tuer, mais il aurait tué sa mère par la même occasion et fait sombrer sa famille dans le drame. De toute façon, il n’avait pas le courage de se tuer, il se disait qu’il était bien trop lâche pour ça. Aussi, il savait qu’il pouvait endurer bien des choses et était curieux de savoir ce qu’il allait devenir, bien que pour lui rien ne pouvais s’arranger.

– A part vivre aux crochets de ma famille comme un handicapé ou trouver une femme qui m’entretienne et malheureusement avec laquelle je ne m’entendrais pas par amour, ou gagner le pactole bien sûr !

– Je ne vois rien dans mes cordes.

– Suis-je un virus, une sensu, un profiteur, un faible ? Non de dieu !

– Mais dans tout ça, au fond, un de ces beaux matins, comme par magie, une joie constante me fera renaitre, une fois de plus !

Le temps était bien long, et Paul naviguait entre espoir et désespoir. Il savait que certaines sensations ou emmottions fortes pouvaient le ramener à la vie tout à coup, comme un électrochoc, et ainsi redevenir une machine de guerre humaine en lui redonnant la force et la vitalité d’accomplir tout ses devoirs laissés à l’abandon. Et surtout, la capacité de se défendre, pour ainsi, guérir des affres qui l’accablaient ; de ses pensées obsessionnelles inavouables.

– J’en connais le chemin, le mécanisme ; celui de la révolte dans l’abandon de soi. La dernière des guerres, celle du lâché prise qui rompt tous liens de souffrance libérant le corps et l’esprit ; l’extase !

Quelques fois, il récitait dans son lit un Mantra de quelques lignes qu’il avait lu dans un livre Bouddhiste, considéré comme très puissant, puis il claquait une fois des mains à la fin.

Le volet de l’appartement du premier étage de l’immeuble d’en face bat violemment contre le mur. Puis, en un vif mouvement rotatif de retour, il vient s’écraser à une distance incontestablement peu rassurante des grandes et longues vitres impassibles, stoppé net par une petite butée ridicule.

Ces longues baies restaient là, stoïques et insouciantes, foudroyées dans un coin par le reflet clair des nuages épars, sombrant, transitant, suspendus à un ciel bleu métallique, craignant à chaque battement de cil que le volet vol en milles éclats en se désintégrant, balayant tout sur son passage à la façon d’une mini tornade.

Un vent fort et persistant imposait un rythme déluré à la petite agglomération.

(27) Vendredi 7 février 2014

– Je suis : faux traitre voleur menteur tricheur stupide fallacieux antipathique inconscient irresponsable sans âme sans vie sans cœur égoïste impudent impoli caractériel jaloux envieux lâche peureux insidieux dératé fière orgueilleux vénal abjecte misérable blafard moche sans aplomb sans allure négligé démodé vieux feignant voyou incorrecte snob intéressé profiteur insensible immorale détaché vicieux pervers sale capricieux impatient impotent. Je suis mort !

– Je suis tout ça et ne changerais pas. C’est en moi malgré moi. Quelque chose s’est emparée de tout mon être. Aujourd’hui, j’en ai plus que conscience. Je souffre trop de me voir ainsi, pris au piège du résultat des actes entrainés par mes faiblesses. Je me suis bien amusé, et maintenant je ne joue plus, la vie a changé, et moi j’ai rien suivit. Je me vois encore avec un seau et une pèle à jouer au bac à sable, et déjà avec tous mes vices grandissant dans ma tête d’enfant !

– Le destin à placé des images diaboliques sur mon chemin et elles ont parlées aux démons que j’avais en moi. Curieux de savoir de quoi ils parlaient, je les ai écoutés, et voyant la place libre, ils ont fini par trouver un endroit pour s’attabler et discuter : chez moi, dans mon corps ! Envahissant toute ma chair devenant petit à petit la leur.

C’est pour ça que je me sens incapable de les renvoyer, ils ont fait de moi ce que je suis et leur plaisir c’est de me voir souffrir. C’est un jeu qui à une haute importance pour eux, ils veulent que je vive dans la mort ! Mourir dans la détresse de l’âme et de l’esprit affaiblit.

– Quand je serais mort et poussière, je retournerais dans la multitude.

– Mais, voyons voir, l’esprit tourmenté et suicidaire, quand il se désagrège, forme peut-être des atomes particuliers nécessaires à certaines choses utiles à l’univers ? Ce n’est peut-être pas un mal !

Paul semblait vraiment au bout du rouleau, incapable d’affronter tous ses problèmes qui ne faisaient qu’empirer de jour en jour, il tentait de trouver un sens à tout cela. Mais il était de plus en plus persuadé qu’il finirait en loque moralement et physiquement.

Paul se leva tourmenté et sans sommeil plusieurs fois dans la nuit, fuma, écrivit, prit un cachet, bu du lait et retourna au lit. Puis se releva encore pour fumer. Cela faisait des jours qu’il pleuvait, convaincu que c’était pour lui que le ciel pleurait. Paul, lui, n’arrivait plus à pleurer sur son sort, il encaissait sans larmes. Il aurait bien voulu expier son malheur, mais il n’y arrivait pas.

(28) Samedi 8 février 2014

A point d’épitre, mon âme ne s’en revient.

Perdu dans la multitude, toi mon fils, je ne te vois pas.

Ta cellule est ton cœur meurtrit, et cela est devenu un trop grand souci.

Ton salut réside dans la poignée de sable qui file entre tes doigts.

Aucun grain n’est compté, car tous t’on vu tomber, t’émietter.

Mais tu tiens dur la rampe !

Force de conviction et courage t’ont mené jusqu’à là.

Ta ténacité est sans repos, j’entends encore ta voix.

Tu ne plieras pas ! Ni la raison, ni la douleur, n’auront raison de toi.

Tu es fort et fière, c’est encore ainsi que je te vois.

Merci mille fois pour ce lien, cette correspondance que tu tiens malgré tout avec moi.

S’est t’on déjà querellé devant un mur posé, qui de son aplomb, renonce de s’abattre ?

S’est t’on déjà mal mené, alors que la tempête empêchait toute plénitude, mon enfant ?

Es-tu sûr de vouloir autant de dents, malgré ce corps devenu abjecte que tu t’acharne à tourner vers l’extérieur ?

Tes pensées ne te font-elles pas assez souffrir ?

Que crois-tu changer au saint malheur, comme cette lame assurant ta décrépitude programmé ?

Je ne cherche pas à te décourager, car tu sais d’avance qui parle en toi.

Les bras baissés, la tête haute, tu ressemble trop à ton père !

Mais je sais que tu sais, et surtout, nous savons que tu n’es pas lui !

Sois fort et indulgent, car à son ennemi, il s’en va de donner courage et mérite !

(29) Dimanche 9 février 2014

Paul n’avait pas accepté son dernier échec sentimental, et s’était la cause la plus importante de son mal être.

– Un cœur qui perd son amour, et dans lequel il s’est compromis, est un cœur triste et sans recours qui laisse le corps à l’abandon et sans vie, jusqu’à ce qu’il retrouve son amour propre et que celui-ci daigne se refaire apprivoiser.

La joie des autres et leur engouement pour la vie insupportaient Paul. Il ressentait que personne ne s’intéressait à lui, et pour cela il aurait voulu que tout le monde soit aussi triste que lui, sa tristesse était mêlé de rancœur.

Il commençait à avoir des cernes, le teint blafard, et à force de ne pas sourire ou même parler, ses joues tombaient, amenant avec elles le coin des yeux vers le bas. Il se sentait coupable !

– Le visage du coupable porté comme une immense plaque autour du cou, ou plutôt un signe reconnu de tous marqué au fer chaud sur mon front !

– La peste est dans mon sillage, et on ne parle pas aux morts contagieux, sauf pour ceux qui ne sont plus là, ou bien les fous ! Oui les morts, les égoïstes, les sans cœur, les âmes errantes, noircies, condamnées par la vie, à force d’indélicatesses et de mauvaises conduites !

Paul culpabilisait, mais ressentait au fond de lui que tout cela n’était pas entièrement de sa faute, ses sentiments n’étaient pas aussi durs qu’il le prétendait. Il avait du bon en lui, mais fortuitement, il ne pouvait plus s’en servir. Sa vie avait basculée et il ne savait plus où se situer. Tous ses repères étaient anéantis.

(30) Lundi 10 février 2014

Le complot du parano

Elle veut me faire mourir cette Amour,

Elle veut me voir crever un jour.

Ça fait mal, ça fait mal, ça fait mal.

Elle a des projets plutôt salauds,

Cette Amour qui m’a pris jusqu’au goulot.

Ça fait mal, ça fait mal, la « female ».

Je sais qu’elle complote derrière mon dos,

Elle a fini par me rendre parano.

Ça fait mal, ça fait mal, ça fait mal.

Elle me boit comme un grand vin de garde.

Et dans mon cœur sans peau,

S’entrelacent des pinceaux.

(31) Mardi 11 février 2014

– Je vais mourir, ma fin est proche, ce n’est qu’une question de temps. Rien ne pourra me ressusciter. Une fois que tous mes problèmes accumulés me tomberont sur la tête, je commencerai par devenir fou et je mourais. Je suis déjà mort. Rien ne sert de me maintenir en vie, je suis une loque. Je fume pour qu’un cancer me sauve la vie. A quoi bon résister quand le sort s’acharne sur vous ? On appel cet état là : dépression ? C’est un cap à passer parait-il, mais moi, je n’en viendrai pas à bout, j’ai eu trop de vices et d’addictions dans ma vie. Je me retrouve seul et sans forces face à mon destin. On me bourre de cachets, mais cela ne sert à rien. Marre de ces rendez-vous chez le psychiatre, et de ces prises de sang ! A l’hôpital il n’y a que des malades qui trainent les talons avec leurs mines de shootés, et moi ça me fait mal de me voir un jour comme eux, ça me fout le cafard. Je suis déjà un peu comme eux, mais pour le moment ça se voit moins. On me trouve un peu bizarre, c’est tout.

– J’aimerai ne plus être seul et que l’on me prenne par la main. Aller chez le coiffeur qu’on me relook, esthéticienne, massages, aller dans des lieux animés par de douces musiques, siroter un verre, restaurants, voyages, hôtels… J’irai sûrement mieux ! Mais pour tout cela il faut de l’argent, ou une âme charitable ! Et de l’argent je n’en ai pas ! Et pour ce qu’il en est d’une âme charitable, on ne l’entend pas de cette manière ici bas. Tout cela se mérite, tout cela est une récompense !

– Tous ces gens asservis par leurs occupations funestes, dignes de grands malades besogneux, qui travaillent comme des esclaves pour gagner leur croute sans relever la tête, et qui finissent par se soumettre aux plaisirs de leur labeur, me donnent la nausée. Vous trouvez ça inhumain de penser de la sorte ? Irrespectueux, immoral, incohérent ? Vous avez raison ! Car ce sont ces gens là qui servent les plaisirs que je viens de citer plus haut.

Alors je reste chez moi ; c’est pitoyable n’est-ce pas ? Je mérite mon sort, qu’on me guillotine enfin ! Ne suis-je pas un être controversé, infâme et sans vertu ; un sorcier, aux idées diaboliques à occire au bûché ?

Scenario

On voit un type qui est en train de faire la fête dans une boite de nuit avec des gens, vraisemblablement des amis. On les voit très joyeux et même un peu éméchés. Ils se parlent, rient, dansent, tout semble banal.

Puis on voit le type chez lui, dans une bicoque, au fond du jardin d’une grande propriété. Ce petit logis ne payait pas de mine vu de l’extérieur, mais était bien fourni à l’intérieur et remarquablement bien propre et bien rangé.

Dehors une sorte de cataclysme ou terrorisme chimique avait plongé tous les gens dans la folie. Il était le seul à avoir survécu. Il ne savait pas comment. Un jour il s’était réveillé comme ça. Les gens étaient juste devenus tous fous. On s’aperçoit que le type ne peu pas communiquer avec eux parce qu’ils ont perdu la raison. Ils vaquent à des occupations tirées de leur folie, comme cet homme qui vient tous les jours se positionner à l’angle de deux avenues pour se livrer à une sorte de rituel d’incantations, commençant par lever les bras au ciel, et les laissant tomber lourdement le long du corps, faisant des petits pas en rond, et avec les mains comme si il semait quelque chose par terre. D’autres, allaient et venaient en parlant tout seuls, et personne ne s’en souciait, ils se croisaient comme des gens tout à fait normaux. Seulement, quand on leur parlait ils répondaient par des choses incohérentes comme des phrases entières sans à-propos, des mots comme ça mit bout à bout sans aucun sens, éclatant de rire par moment puis pleurant à chaudes larmes l’instant d’après.

A la fin du film on s’aperçoit que c’est le type lui-même qui est devenu fou. En réalité c’était un riche entrepreneur qui avait une femme et deux enfants. Alors qu’ils vivaient ensembles dans la maison de la propriété, il s’était isolé dans la bicoque qu’il pensait louer à la propriétaire : sa femme.

Pendant tous le film on voit ce que le type a vécu dans sa tête mais qui en réalité étaient des « visions » ou illusionnassions. On revoit les scènes comme celle de l’homme qui vient tous les jours se positionner à l’angle des deux avenues et qui n’est autre qu’un agent de la circulation. Les gens dans la rue parlent au téléphone en kit mains-libres et leurs propos semblent incohérents parce qu’ils ne sont pas tournés vers les mêmes centres d’intérêts que les siens, ce qui forme des malentendus ou quiproquos.

Ce scenario (à étoffer) permet de révéler les dysfonctionnement entre les êtres humains dans la façon dont chacun s’obstine à voir le monde au travers du conditionnement de masse.

Il est possible de trouver un sens contraire ou détourner en s’interrogeant sur la vacuité de nos actes ou dans notre façon de penser et de raisonner. Et ainsi définir le monde radicalement différent.

(32) Mercredi 12 février 2014

Paul n’avait plus d’imagination, certes, plus le courage de créer. Une tonne de papiers administratifs le submergeaient, des factures surtout. Il fallait vérifier avant de payer si tout ce qu’on lui demandait était justifié. Il aurait voulu avoir un carnet de chèque et tout honorer sur le champ pour avoir la paix. D’autres, se disait-il, auraient pris plaisir dans l’effort de contester ou de sauver le moindre sou pour se défendre légitimement, comme lui-même l’aurait fait à une certaine époque.

Aujourd’hui, Paul avait profité du rdv chez le psy pour passer au magasin afin de remplir son frigo. Cela le soulagea de savoir qu’il avait à manger pour quelques jours sans avoir à sortir de chez lui. D’autre part il avait été tout près de gagner deux bonnes mises aux courses. Ses gains commençaient à descendre de manière inquiétante et selon ses calculs il ne lui restait plus que trois jours peut-être pour se rattraper.

Aussi, il avait envoyé un message d’excuses à son ex-amie qui lui répondit, apparemment sans rancœur.

– Peut-être pouvait-elle se laisser inviter quelque part, cela me permettrait de sortir pour faire quelque chose ! Elle est chiante et intéressée, mais je n’ai rien d’autre sous la main.

Le plus embêtant c’était qu’il fallait réfléchir et rechercher une sortie ! Organiser et prendre une décision s’avérait difficile. De plus, Paul devait se sentir bien luné et convivial au moment de la rencontre. Parce que quand il perdait aux courses, cela lui minait le moral, et n’avait qu’une envie, c’était d’aller se coucher, malheureusement au réveil la mauvaise humeur prédominait.

– Un restaurant ? Non, pas à l’aise comme ça en tête à tête. Un cinéma ? Cloitré dans une salle passivement, non. Une expo, un musé, une galerie d’art, une conférence sur un sujet intéressant ? Elle travaille tous les jours. Un théâtre, je préfère, et puis un verre peut-être ? Faut voir… Elle n’apprécie pas ma compagnie de toute façon, moi non plus, c’est peine perdu…

Paul voulait excessivement plaire et faire sourire à chaque parole qu’il prononçait, mais il savait qu’il n’avait pas assez de joie à partager pour assurer une discussion amicale sans anicroches involontaires. Cette chose intérieure qui le tiraillait continuellement l’empêchait d’être fluide et léger dans les échanges. A chaque instant il pouvait être débordé par ses émotions, et cela le figeait dans un mutisme qui se lisait sur son visage pendant un court instant. Il en était conscient, en avait honte, et se sentait faible. Il se jugeait durement et sans indulgence, il ne s’en sortait pas. Il devait faire des efforts inconsidérés pour s’adapter sous peine de rejet. Il avait toujours l’impression qu’on le regardait comme une bête néfaste.

Au par avant, l’alcool qu’il avait l’habitude d’ingurgiter, à chaque fois qu’il était en compagnie, lui donnait plus d’assurance. Mais maintenant qu’il ne buvait plus à tout va, il était devenu quelqu’un d’autre, plus sérieux et surtout moins jovial. Il ne connaissait pas se coté de la vie, il avait tout à réapprendre. Être heureux et prendre plaisir sans alcool.

Sensations (la vision du monstre)

Assis dans l’obscurité devant chez moi, soudain un bruit de feuilles sèches écrasées surgit de la pénombre. Une peur soudaine me fige, mes muscles se contractes. Une chaleur mole et abrutissante envahit mon cerveau, pour en une fraction de secondes, y déposer un voile enrobant à l’aspect laiteux sur lequel l’image flou de deux yeux rouges menaçants d’un monstre sombre aux contours électriques étaient projetés. Ce monstre apparut puis disparut aussitôt comme un flash, pour laisser place à l’image rassurante d’un chat sortant de derrière le buisson ; un chat noir tout de même !

Une voix dit : « As-tu vu le monstre de tes plus grandes peurs d’enfant ? »

– Oui mais quand je l’ai combattu, mes points frappaient dans le vide. Je ne parvenais pas à porter mes coups. J’avais pourtant provoqué le monstre, mais je ne pensais pas en arriver là.

« Ne le sais-tu pas ? Ce monstre que tu dois vaincre, c’est ton père. Tu as le souvenir de ce qui c’est passé, de cet épisode de ta vie que tu n’as pas pu surmonter et qui t’as tant marqué. C’est le seul qui te reste à vaincre. Il ronge ton âme depuis tant d’années, tout bas en toi. Plongeant dans tes racines, tu y pense parfois et tu te résous à vivre avec. Tu cache cette terreur derrière des joies excessives aux sensations incomplètes te donnant l’impression de ne pas être comblé à cent pour cent. Le souvenir réside dans ton esprit et la sensation dans ta chair.

Détiens-tu le souvenir exacte de ce qui c’est passé ? »

– Oui car certaines images sont restées gravées à jamais au plus profond de moi.

« Bien, tu détiens le souvenir, maintenant il te manque la sensation. Pas celle que tu as en évoquant le souvenir, mais celle que tu eu lorsque ça c’est produit, la véritable, celle qui est encré dans ta chair qui s’atrophie un peu plus chaque jour. Pour cela il faut te glisser dans ta propre peau, personne d’autre que toi ne peut opérer cette gymnastique et personne d’autre que toi ne peut mieux le faire. Tu dois identifier ce que tu cache au monde et qui raisonne en toi. Pour cela tu dois te mettre à nu et montrer au grand jour l’être frêle et sensible que tu protège. Tu dois ôter une à une jusqu’à la dernière toutes les carapaces pesantes, accumuler depuis l’aube des temps, jusqu’à atteindre le noyau. Tu dois déjouer les mascarades ou détours et fuites habituelles en te mettant en situation et ainsi libérer automatiquement l’énergie rayonnante enfoui en toi. Cette énergie dégage une lumière éblouissante irradiante, effaçant tout au tour d’elle. C’est le signal que tu viens de prendre pleinement possession de ton propre corps. Te voilà devant les commandes de ta camera, de tes souvenir émotionnels, prêt à rembobiner, lire, effacer et à enregistrer de nouvelles images qui donneront un autre sens à ta vie. »

– Comment puis-je tout effacer et repartir à zéro avec ce corps qui a tant souffert, cette chair atrophié représentative de mon passé, ces gestes quotidiens qui ont encrés en moi tant d’automatismes et de principes.

« Tes souvenirs ne seront pas bannis de ta mémoire mais ton sentiment de culpabilité aura disparu définitivement de ton esprit. Tes automatismes et tes principes se modifieront graduellement par eux-mêmes, prenant le sens voulu de tes actes. »

Suite 33 ici